L'accentuation de toutes les contradictions du monde impérialiste et la nécessité de la révolution socialiste mondiale

Analyse de l'approfondissement des différentes contradictions économiques, politiques et sociales de l'impérialisme

Parti Communiste de Bulgarie

Contribution au dixième Séminaire Communiste International
« La révolution socialiste mondiale dans les conditions
de la globalisation impérialiste »

Bruxelles, 2-4 mai 2001

En réponse aux questions d'un correspondant du journal "Pravda" concernant le discours de Churchill à Fulton (Etats-Unis) en 1946, Staline disait entre autre: "Il faut souligner que Monsieur Churchill et ses amis rappellent fâcheusement Hitler et ses amis… Dans le fond M. Churchill et ses amis en Angleterre et aux Etats-Unis posent un ultimatum aux peuples non-anglophones: vous reconnaissez volontairement notre supériorité et tout ira bien, dans le cas contraire, la guerre est inévitable...

La théorie raciale allemande amena Hitler et ses amis à conclure que les Allemands, en tant qu'unique nation "véritable", devait commander aux autres nations…"

(J. Staline, "Après la victoire. Pour une paix durable")

Depuis 55 ans cet ultimatum n'a cessé de peser sur les peuples, et depuis 10 ans il est mis en œuvre, sous une forme qui confirme l'analyse de Malenkov dans son discours au 19e Congrès du Parti Bolchévik de l'URSS en 1952:

"Aujourd'hui l'impérialisme américain agit non seulement comme un exploiteur international et colonisateur des peuples, mais aussi comme une puissance désorganisant l'économie des autres pays capitalistes…

Les dirigeants des Etats-Unis ont formulé ouvertement les objectifs de leur ligne agressive. Déjà en 1945, peu après que Truman devienne Président des Etats-Unis, il a déclaré que la victoire [sur l'Allemagne] a placé la nation américaine devant la nécessité constante et aiguë de diriger le monde. Depuis, aussi bien Truman que d'autres hommes politiques américains ont maintes fois répété les prétentions des Etats-Unis de domination mondiale. Cette ligne de domination mondiale, de soumission des autres pays, est le moteur principal de toute la politique de l'élite impérialiste américaine.

Le principal pays agressif - les Etats-Unis - s'efforce à pousser sans cesse à la guerre les autres pays capitalistes, surtout ceux de l'Alliance Atlantique…

Les dirigeants américains qui dictent leur volonté, définissent à tous les membres de l'Alliance les objectifs de guerre, leur choix d'agression, les forces à appliquer, et décident de toutes les questions de préparation de la guerre… Maintenant l'impérialisme américain agit non plus seulement comme un agresseur mais aussi comme le gendarme du monde qui essaie d'étouffer la liberté partout où il peut, et installe à sa place le fascisme."

Avec les guerres en Iraq et en Yougoslavie dans les années 90, nous assistons à une accélération de l'agressivité et à l'impatience des Etats-Unis à réaliser leurs objectifs formulés il y a plus d'un demi siècle.

Dans son ouvrage "Les problèmes économiques du socialisme"(1952), Staline fait l'analyse suivante:

"Le capitalisme contemporain - le capitalisme monopoliste - ne peut se satisfaire d'un profit moyen… Le capitalisme monopoliste contemporain cherche le profit maximal… On pourrait formuler les exigences et les traits principaux de la loi économique fondamentale du capitalisme monopoliste contemporain de la façon suivante: assurer le profit capitaliste maximal par la voie de l'exploitation, organisant la faillite des petits producteurs et l'appauvrissement de la majorité de la population d'un pays, par la voie de la soumission des peuples des autres pays, et particulièrement des pays arriérés, et enfin par la voie des guerres, de la militarisation de l'économie, utilisées pour assurer des profits maximum. Il serait ridicule de penser qu'en soumettant les peuples, les va-t'en guerre du capitalisme monopoliste contemporain ne cherchent qu'un profit moyen. Non pas le profit moyen, ni le sur-profit qui n'est qu'un surplus du profit moyen, mais très précisément le profit maximal est le moteur du capitalisme monopoliste, qui le pousse vers des pas risqués comme le pillage systématique des colonies et des autres pays arriérés, la soumission de pays indépendants, les escalades à la guerre qui représentent un très bon "business" pour rapporter des profits maximum, et enfin, la domination économique mondiale."

Vers la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, le capitalisme est définitivement entré dans la phase de l'impérialisme. Lénine a fait une vaste analyse scientifique de l'évolution du système capitaliste et a démontré son fond économique. "L'impérialisme - a écrit Lénine - est un capitalisme monopoliste, parasitaire, pourrissant et mourant."

Selon Lénine, les principales caractéristiques économiques de l'impérialisme sont:

Aujourd'hui - à la fin du 20e et au début du 21e siècle - il y a quelques changements par rapport à la période dont Lénine fait son analyse. Ces changements sont dus aussi bien au développement des forces productives au 20e siècle, qu'à la réussite des révolutions socialistes et la création du système socialiste mondial.

Au courant de la dernière décennie du 20e siècle, comme conséquence de la ligne révisionniste des directions des partis communistes au pouvoir en Europe de l'Est et en Union Soviétique, le socialisme a été écrasé dans ces pays et le capitalisme restauré. Ainsi est-on arrivé à la situation actuelle, où l'impérialisme américain peut se permettre d'afficher ouvertement ses aspirations à la domination mondiale. Ses prétentions de "superpuissance" mondiale unique qui impose un "nouvel ordre mondial" est la caractéristique principale de la "mondialisation" impérialiste dont on parle dans la dernière décennie du siècle.

Quelles sont les conséquences de ses événements?
  1. La révolution scientifique et technique de la fin du 20e siècle a permis une plus forte concentration et monopolisation de la production, développant le capitalisme monopoliste d'Etat, et le contrôle de toute l'économie mondiale par des organismes comme la Banque
  2. Mondiale, le Fonds Monétaire International et l'Organisation Mondiale du Commerce. La tendance à l'intégration des productions nationales dans le monde est évidente. Il y a donc concentration de la production à l'échelle mondiale, ce qui aiguise les contradictions par le caractère privé de l'appropriation de la production mondiale par une poignée de financiers "globalisants" - l'oligarchie financière mondiale. Centralisant la plus grande part des capitaux et des profits du monde, l'oligarchie financière se distingue nettement du reste de la bourgeoisie dans le monde. Elle s'approprie même une part des profits créés dans les entreprises des autres patrons dans leur propre pays ou dans les pays dépendants. Ainsi naît la contradiction spécifique du capitalisme impérialiste au sein de la classe bourgeoise elle-même, entre l'oligarchie financière et les autres couches de la bourgeoisie.
  3. Cette contradiction est particulièrement caractéristique des pays où le capitalisme a été restauré. Dans certains pays comme la Russie, la Serbie, la Biélorussie, il y a eu même des confrontations ouvertes entre les intérêts de la nouvelle bourgeoisie locale et l'oligarchie mondiale.
  4. En même temps, la contradiction fondamentale entre les deux classes principales: celle des travailleurs et celle de la bourgeoisie, s'aiguise encore plus. Les monopoles mondialisés et la division économique du monde exportent l'exploitation en dehors des frontières nationales. Des interdépendances sont apparues: des liens de domination et de soumission entre tous les pays capitalistes du monde existent, y compris avec les nouvelles "démocraties" de l'Europe de l'Est. L'économie capitaliste mondiale contemporaine est un système socio-économique mondial nouveau, dans lequel l'oligarchie financière des Etats-Unis et d'autres pays avancés domine les autres pays du système capitaliste mondial et exploite leurs peuples. La contradiction entre l'oligarchie financière mondiale et les peuples exploités par elle devient aiguë et insoluble.
  5. La division économique du monde est liée à la lutte constante des monopoles pour une nouvelle redistribution des profits et du monde entre les grands pays impérialistes. Cela vient du développement inégal et du changement constant du rapport des forces entre les pays impérialistes, qui remet sans cesse en cause les ententes et les contrats conclus. Aujourd'hui l'impérialisme américain entend profiter du nouveau rapport des forces dans le monde, intervenu après la désagrégation de l'URSS, pour un nouveau partage du monde, ce qui mène immanquablement à des conflits et des confrontations. Comme l'a analysé Lénine, les guerres sont l'inévitable compagnon de l'impérialisme. L'opinion répandue par les médias que la domination mondiale de l'impérialisme américain amènera la paix, est une illusion vide de sens. Au fait, précisément cette aspiration à une domination mondiale présente le danger principal pour la paix dans le monde et augmente à un degré élevé le risque d'une nouvelle guerre mondiale.
  6. En même temps, la guerre n'est pas inévitable et la lutte pour la paix n'est pas sans fondements, d'autant plus que le socialisme a été conservé dans quelques pays, y compris dans le pays le plus peuplé de la planète, la Chine. Il ne faut pas sous-estimer les forces de la paix qui comprennent aussi bien les pays socialistes que les larges couches populaires dans le monde entier, y compris aux Etats-Unis.

L'impérialisme contemporain - la mondialisation - est un système socio-économique dangereux pour l'humanité, qui empêche le développement des forces productives à l'échelle mondiale. Il est plus encore visible dans les ex-pays socialistes où l'on est arrivé à la destruction directe à grande échelle des forces productives héritées du socialisme. Le développement de la science et des techniques a y été ralenti brusquement. Le développement des forces productives dans les pays du "tiers-monde" a aussi été ralenti très nettement, alors qu'ils représentent près de 80 % de la population du monde capitaliste.

L'oligarchie financière mondiale est une excroissance parasitaire et dangereuse pour l'organisme social mondial qui est non seulement inutile mais aussi nocive pour l'économie et le progrès technique. Des moyens énormes sont jetés pour la production militaire et pour l'appareil de répression destinés à maintenir la domination de l'oligarchie mondiale. Dans les pays dépendants, l'oligarchie aspire à une domination sans limites, en établissant une dictature ouverte, supprimant même les traits d'une démocratie bourgeoise limitée. Sans cesse des conflits sont provoqués sur une base raciale, ethnique ou religieuse, quand la domination de l'oligarchie mondiale est menacée. On exerce une pression militaire, économique ou politique contre les peuples qui défendent leur indépendance, comme à Cuba, et même on a recourt à l'agression militaire directe, comme en Iraq et en Yougoslavie.

La mondialisation impérialiste contemporaine est un système génocidaire contre la plus grande partie de l'humanité. Il est à la base de l'aiguisement maximal de toutes les contradic-tions du capitalisme dans sa phase de crise structurelle qui dure depuis 30 ans. En souffrent non seulement les travailleurs des métropoles et des pays dépendants, mais aussi les petits propriétaires paysans et urbains, ainsi que la moyenne et la grande bourgeoisie des pays dépendants. Sa perte est inévitable.

Aujourd'hui, les conditions sont réunies pour travailler à l'union des classes et des couches diverses de la population dans un front uni anti-impérialiste.

La liquidation de l'impérialisme aujourd'hui, à l'aube du 21e siècle, est encore plus indispensable qu'au début du 20e siècle. C'est le seul moyen pour éviter l'élimination physique de centaines de millions de gens.

Et il faut que cela puisse se faire avant que l'impérialisme mondialisé ne provoque un conflit mondial nucléaire.

"Il est tout à fait probable que les nations qui ne parlent pas l'anglais, et qui représentent l'immense majorité de la population du globe, n'accepteront pas de retourner à un nouvel esclavage…

M. Churchill rappelle quelquefois, dans ses discours "les petites gens qui vivent dans des maisons modestes". Il leur donne, en grand seigneur, des tapes amicales sur l'épaule et se dit leur ami. Mais ces hommes ne sont pas aussi simples… Ces "petites gens" ont leur point de vue… et ils savent se défendre… Ce sont eux, les millions de ces "petites gens" qui ont isolé en Europe les réactionnaires et les partisans de la collaboration avec le fascisme… Naturellement, M. Churchill n'est pas satisfait par un tel développement des événements…

Mais M. Churchill n'était pas non plus satisfait de l'apparition du régime soviétique en Russie après la Première Guerre mondiale. A cette époque, il organisa la campagne militaire des "quatorze Etats" contre la Russie…

Le donquichottisme de M. Churchill l'a amené à subir à l'époque une défaite complète. Je ne sais si M. Churchill et ses amis réussiront à organiser après la Seconde Guerre mondiale une nouvelle campagne militaire contre l'Europe orientale… mais on peut dire avec assurance qu'ils seront battus, de même qu'ils ont été battus autrefois, il y a de cela vingt-six ans."

(Joseph Staline, ouvrage cité)

 

Sofia, avril 2001

Ludmil KOSTADINOV

Rédacteur en chef de l'organe

du Parti Communiste de Bulgarie

"Rabotnitchesky vestnik"