Fascisme et anticommunisme

Herwig Lerouge, Parti du Travail de Belgique


Contribution au Séminaire communiste international "Impérialisme, fascisation et fascisme"

Bruxelles, 2-4 Mai 2000




1. Plus de cinquante ans après la victoire sur le fascisme, le monde entier connaît une crise sans précédent qui engendre le nouveau fascisme.

A l’échelle mondiale, nous voyons monter les forces réactionnaires et fascistes. La fascisation de l’Etat progresse tant dans les pays capitalistes développés que dans les nouveaux pays capitalistes à l’Est, dans l’ex-Union soviétique et dans le tiers monde.

2. Il y a un lien direct entre la prétendue "victoire historique de la démocratie sur le communisme" en 1989 et la montée du fascisme dans tous les pays impérialistes et les anciens pays communistes. La vague anticommuniste qui a déferlé sur tous les partis politiques en 1989 était une remise à l’honneur de l’idéologie des nazis. Pour vaincre les forces communistes, l’impérialisme a dû mobiliser partout la racaille fasciste. Les nazis allemands, flamands, croates et autres sont les assassins les plus barbares de l’histoire de l’humanité. En Union soviétique, ils ont tué 23 millions de personnes. Les assassins fêtent aujourd’hui leur victoire. Le sénateur Verreycken, membre du parti flamand fasciste Vlaams Blok, disait en, 1995 au Sénat belge : "Les soldats du front de l’Est ont compris il y a cinquante ans ce que nous pouvons savoir maintenant : le communo-socialisme est une folie meurtrière. Les fautes possibles du Troisième Reich n’étaient pas les fautes des combattants du front de l’Est. Et aujourd’hui, il est apparu clairement qu’ils avaient raison dans les grandes lignes". Aujourd’hui, les fascistes exigent que leur passé soit réhabilité. Le Vlaams Blok écrit : ´ Après l’effondrement de la terreur rouge, tout le monde s’accorde à dire que le communisme était inhumain et inefficace, mais ceux qui il y a un demi siècle ont soufferts et sont morts pour cette conviction, demeurent des parias dans cette société ’.

3. L’anticommunisme rabique qu’ont deversé nos médias depuis 1988 est la raison idélogique principale du progrès des organisations fascistes en Europe. Tous les partis bourgeois ont été submergés par cette vague d’anticommunisme. Des positions que jusque là n’apparaissaient que dans les publications d’extrême droite ont été servies comme des évidences dans la presse ´ pluraliste ’. La destruction de ce qui restait du socialisme en Europe de l’Est et en Union soviétique a été acclamée au parlement belge par tous les partis, des fascistes aux sociaux-démocrates et aux écologistes. C’est principalement l’anticommunisme qui rend tous les partis bourgeois perméables au fascisme.

Un député fasciste s’est félicité de l’unanimité de tous les partis représentés pour soutenir la contre-révolution roumaine. Il a rappelé aux partis bourgeois que jusque là, la qualification de ce régime comme ´ totalitaire, dominé par le Parti communiste, dans lequel les droits de l’homme étaient continuellement enfreints, les minoritées opprimées et dans lequel il n’était pas question de liberté ni de démocratie a dans le passé, été souscrite par la droite et par elle seule ’.

4. Depuis le début de ce siècle, seul le mouvement communiste a représenté une menace réelle pour le pouvoir du capital. Dès ce moment, la social-démocratie accepte la dictature du capital comme le fondement inébranlable de la société.

5. De tous les courants politiques bourgeois qui combattent le communisme, le fascisme est la forme d’anticommunisme la plus rabique et la plus violente.

L’anticommunisme et l’antimarxisme sont les points fondamentaux de la doctrine fasciste. Ils ont toujours été le principal atout idéologique entre les mains du fascisme mondial. La démagogie nationaliste et raciste divise parfois les fascistes. L’anticommunisme par contre constitue leur ciment le plus inusable.

De la première à la dernière page de Mein Kampf, Hitler prêche la "destruction du marxisme et du bolchevisme, qui est un crime abominable contre l’humanité". ´ Le fascisme s’assigne comme tâche principale la destruction de l’avant garde révolutionnaire, c’est à dire des éléments communistes du prolétariat et de leurs cadres ’, dit Palme Dutt.

Les premières cellules fascistes en Allemagne ont vu le jour en 1918. Les officiers d’extrême droite de l’armée impériale ont formé les Corps Francs responsables, sous la direction du gouvernement social-démocrate, de la répression sanglante de la révolution allemande et de l’extermination d’une grande partie de l’avant-garde communiste. Le capitaine von Pabst qui commanda l’assassinat des dirigeants communistes Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht en faisait partie. Il était aussi le dirigeant du ´ Secrétariat-général d’étude et de lutte contre le bolchévisme ’ créé avec l’argent du magnat de l’industrie Stinnes. C’est dans ces cercles que Hitler a recruté ses premiers cadres.

Dès 1923, Hitler a levé en Allemagne le drapeau de l’anticommunisme et, dix ans plus tard, après sa prise du pouvoir, il a écrasé le glorieux Parti Communiste allemand.

6. Même l’antisémitisme servait en premier lieu à la lutte anticommuniste. En 1919, avant d’être envoyé comme espion de l’armée dans un petit parti fasciste, Hitler suit un cours de formation donnée par un certain Feder. ´ C’est là que j’ai compris pour la première fois la signification de l’antisémitisme pour la lutte contre le marxisme ’, dira-t-il dans Mein Kampf.

7. Le fascisme allemand est arrivé au pouvoir avec l’arme de l’anticommunisme.

Le fascisme allemand a mené la Seconde Guerre mondiale au nom de la lutte contre le judéo-bolchevisme. Hitler a tenté de rassembler toute l’Europe occidentale sous la domination allemande et au nom de la croisade contre le communisme.

Hitler 1923 : ´ Depuis des siècles, la Russie sous les Tsars, était dirigé par un noyau germanique. (Mais avec la révolution bolchévique, les juifs accédèrent au pouvoir. Le peuple russe subissait alors) le sort des esclaves, l’oppression continuelle. En Russie le juif a tué environ trente millions de personnes en partie à cause des tortures inhumaines en partie à cause de la famine. (...) Nous devons considérer le bolchévisme russe comme la tentative mise en oeuvre par le judaisme pour parvenir à la domination du monde ’. Cette propagande faisait office de justification à la politique d’expansion allemande et d’annexion de territoires, ouvertement menée contre l’Union Soviétique. En 1926, il lança le mensonge des ´ 30 millions de victimes du bolchévisme ’.

8. L’anticommunisme est aussi le pont le plus fréquenté pour passer d’un parti bourgeois au fascisme.

En Belgique, au cours des années trente-quarante, de nombreux dirigeants de partis bourgeois sont passés au fascisme ou ont soutenu celui-ci sur la base de l’anticommunisme. Tous reconnaissaient à Hitler le grand mérite : d’avoir su réprimer en Allemagne, le danger bolchévique.

Encouragés par les évêques, des milliers de jeunes catholiques se sont engagés dans les Waffen SS pour lutter contre le bolchévisme au Front de l’Est. Le terrain avait été préparé par les intelectuels catholiques aux universités : ´ On peut penser ce qu’on veut du fascisme, mais on ne peut pas nier ses bonnes intentions et sa volonté de faire un travailo conbstructif. Le premier souci de la dictature russe (au contraire) était de tout détruire ’. Cela se trouve dans un livre de l’assistant à l’UCL John Mignot, écrit en 1933. Le Vatican a encouragé les fascistes espagnols, italiens et oustachis et a protégé la fuite de milliers d’assassins fascistes après la guerre.

L’antimarxisme du dirigeant du Parti Ouvrier Belge et ancien marxiste, Henri Deman a amené celui-ci à accueillir avec joie les troupes allemandes en 1940, à dissoudre son parti et à mettre sur pied un syndicat fasciste. Cela n’est pas étonnant quand on sait qu’en 1930, Kautsky, l’idéologue en chef de la social-démocratie, appelle les paysans russes ´ mécontents de l’expérience des kolkhozes ’ à se soulever contre le ´ régime bolchévique qui soumet les ouvriers et les paysans à l’arbitraire illimitée d’une secte, les communistes ’.

Sous le mot d’ordre de la lutte contre les deux extrêmes, les dirigeants sociaux-démocrates de la République de Weimar (1919-1933) ont combattu les communistes et protégé les fascistes. Ces dirigeants socialistes savaient d'avance que -, soit ils s'alliaient aux communistes, -, soit ils propulsaient les Nazis au pouvoir ! Et ils ont choisis de laisser faire les nazis.

9. Le combat anticommuniste d’Hitler a toujours joui de l’approbation et du soutien de toute la grande bourgeoisie européenne.

Dès 1934, Staline a proposé à la France et à l’Angleterre de former une alliance contre l’expansionnisme hitlérien. Les puissances occidentales s’y sont refusées et se sont acoquinées avec Hitler pour lui livrer l’Autriche d’abord, la Tchécoslovaquie ensuite. Tout au long des années trente, des capitaux américains ont afflué en Allemagne et l’ont aidée à mettre en place la machine économique de guerre.

En 1939, l’Angleterre et la France ont encouragé Hitler à chercher à l’Est "l’espace vital" nécessaire à l’impérialisme allemand. Ils lui permettraient d’occuper la Pologne pour qu’ensuite il se lance dans la bataille finale contre le bolchevisme haï.

Staline a habilement saisi une proposition allemande et japonaise et il a conclu des pactes de non-agression avec ces deux puissances expansionnistes. Il a ainsi pu briser le complot visant à détruire l’Union soviétique grâce au front uni de toutes les puissances impérialistes, le bloc fasciste Allemagne-Japon-Italie menant la guerre avec le soutien tacite de l’Angleterre et de la France.

Lorsqu’Hitler s’est emparé de la Pologne, l’Angleterre et la France se sont vues obligées de lui déclarer la guerre... sans tirer un coup de feu contre les nazis. C’était la "drôle de guerre". Ensuite, les fascistes finlandais, de connivence avec Hitler, ont refusé que l’Union soviétique prenne les dispositions nécessaires pour pouvoir défendre Léningrad. L’Union soviétique a mené des opérations militaires contre la Finlande, repoussant les forces fascistes des alentours immédiats de Léningrad.

A ce moment, l’Angleterre et la France, qui n’ont pas levé le petit doigt quand Hitler a envahi l’Autriche, la Pologne et la Tchécoslovaquie, ont mobilisé 150.000 soldats et quantité de matériel de guerre pour aller combattre l’Armée rouge en Finlande. Même la Société des Nations, restée inerte lors des agressions précédentes s’est réveillée pour ...expulser l’URSS. ´ L’ère du droit n’est pas encore revenu. Mais le geste symbolique que la Société des Nations vient de faire en expulsant la Russie coupable est l’heureuix présage d’un avenir où la suprématie de la force sur le droit sera définitivement éliminée ’. Toute ressemblance avec la situation actuelle à propos de l’Irak ou de la Yougoslavie n’est pas fortuite.

L’Union soviétique courait à nouveau le risque de devoir affronter le front uni de toutes les puissances impérialistes coalisées. Mais la guerre contre la Finlande fut rapidement conclue par la capitulation finlandaise et l’accord de mars 1940. Entre-temps, les dirigeants français, Daladier et Pétain, avaient interdit le Parti Communiste français, l’accusant d’être au service de l’Allemagne...

Grâce au Pacte, Staline a gagné un répit de 22 mois qui lui a permis de renforcer de façon décisive la défense soviétique.

Lorsque Hitler a agressé l’Union soviétique le 22 juin 1941, un front uni antifasciste réel a pu se former entre l’Union soviétique, l’Angleterre et les Etats-Unis. Mais juste avant de déclencher l’agression, Hess, le second d’Hitler, était parti en Angleterre pour proposer une alliance antibolchevique à laquelle une partie de la bourgeoisie anglaise était favorable. Les dirigeants français proches de Pétain, qui avaient interdit le Parti Communiste, collaboraient avec l’occupant allemand et le PCF devint la principale force de la résistance.

Pendant la période la plus terrible pour l’Union soviétique, de juin 41 à janvier 43, les puissances occidentales refusèrent de créer un deuxième front sur le continent européen, seul moyen d’alléger le fardeau insupportable de l’Union soviétique. Dès 1943, Allan Dulles, qui dirigeait les services secrets américains en Europe, entra en contact avec des hommes d’Himmler et avec des généraux allemands pour renverser les alliances, faire une paix séparée et marcher ensemble contre le bolchevisme. Après le débarquement en Normandie, le général Patton proposa de se rallier quelques divisions allemandes et de marcher sur Moscou. Seule la politique intelligente de Staline a rendu possible l’alliance antifasciste pendant la guerre, et c’est l’effort titanesque de l’Union soviétique qui, au prix de 23 millions de morts, a brisé l’échine de la bête fasciste.

10. Dès 1945, des milliers de criminels nazis du plus haut niveau, dont le général Gehlen, le chef des services secrets des SS, Schellenberg et le bourreau de Lyon, Klaus Barbie, furent intégrés dans les services secrets occidentaux pour combattre l’Union soviétique.

En 1953, les agents de Gehlen jouent un rôle important dans le soulèvement à Berlin. Ils sont à nouveau là en Hongrie en 1956.

11. Sous Reagan et Thatcher, de vieux écrits anticommunistes rédigés par les nazis ont été réédités et ils sont devenus la nourriture commune de tous les partis bourgeois occidentaux. Dans la Ligue anticommuniste mondiale se retrouvent les anciens nazis, les dictateurs pro-américains du monde entier et la droite au pouvoir dans de nombreux pays impérialistes. Ils sontle moteur de la guerre non-conventionnelle contre les régimes ´ communistes ’ dans le monde entier comme au Nicaragua, au Laos, au Vietnam, en Angola, en Mozambique.

En 1985 leur anticommunisme fanatique semblait encore marginal. Aujourd’hui, pratiquement tous les partis bourgeois reprennent le slogan de Reagan sur ´ le communisme, c’est l’empire du mal ’.

12. Il serait faux de passer sous silence le service incalculable qu’a rendu à toutes les forces anticommunistes la trahison de Kroutchev. Il a dénoncé l’oauvre de Staline dans des termes qui jusque là n’étaient utilisés que par l’extrême droite. Il a introduit l’opportunisme et l’anticommunisme dans le parti communiste. Après 35 ans de campagne anticommuniste Gorbatchev pourra se déclarer pendant le 28me congrès partisan du capitalisme, de l’économie de marché et de la libre entreprise. Un an plus tard Eltsine réintroduira les symboles du tsarisme.

13. Aujourd’hui, la fascisation progresse dans toute l’Europe sous le slogan : "Le fascisme hitlérien et le communisme stalinien sont des frères jumeaux".

C’est dans les années trente que les partis bourgeois ont lancé pour la première fois ce slogan. A cette époque, ce slogan était une insulte que lançaient aux partis fascistes les partis bourgeois, menacés dans leur rôle de gestionnaires du capitalisme par ceux-ci. Rien de pire que le communisme. L’anticommunisme étant la base commune à ces deux courants de l’ordre politique bourgeois. Le slogan servait aussi à maintenir les ouvriers antifascistes dans le giron des partis bourgeois, à les écarter des partis communistes, seule force antifasciste et anticapitaliste conséquente.

Le slogan ´Le fascisme hitlérien et le communisme stalinien sont des frères jumeaux’, fut ensuite adopté par les nazis battus en 1945 qui furent intégrés dans les services secrets occidentaux pour continuer le combat pour la destruction du communisme entamé par Hitler en 1923. Financés et aidés par la CIA, ces nazis ont inondé le monde d’un déluge de mensonges sur les ‘crimes’ et les ‘holocaustes’ de Staline. Ces mensonges servaient d’abord à relativiser, puis à justifier l’holocauste d’Hitler. Pour justifier leurs crimes, les fascistes avaient besoin d’une quantité supérieure de morts, victimes de l’Union soviétique, régime sanguinaire d’ailleurs soutenu par les… Juifs!

Depuis 1989, ce slogan est devenu comme une sorte de dogme qu’il n’est plus nécessaire de prouver. En Belgique, un dirigeant Ecolo le remet au centre du débat pour demander aux progressistes de dresser un cordon sanitaire autour du Parti du Travail de Belgique. Aujourd’hui, l’impérialisme règne à nouveau pratiquement seul sur la planète et il avance sous son vrai visage, sans masque : l’impérialisme, partout dans le monde, c’est le fascisme, la drogue, la militarisation et la guerre.

Mais le conditionnement des cerveaux, entrepris par la grande bourgeoisie répète que le système occidental représente "la démocratie, la liberté et les droits de l’homme". L’anticommunisme, qui se présente souvent sous la forme d’antistalinisme pour des raisons tactiques, s’oppose à l’idée que la domination du grand capital n’est pas éternelle. Il s’oppose à toute forme de lutte révolutionnaire et socialiste contre le capitalisme mondial. Il n’y aurait pas d’alternative au système impérialiste et le fait de proférer l’idée que nous ne sommes pas à la fin de l’histoire est déjà un acte criminel.

14. Dans l’ensemble du monde capitaliste développé, la crise devient de plus en plus dramatique.La révolution technologique crée les moyens nécessaires pour donner aux hommes une vie riche, digne et libre. Mais, aux mains des patrons, elle devient un moyen de détruire toutes les conquêtes de la classe ouvrière depuis le début du siècle.

Dans ces conditions, la fascisation est une nécessité pour mater, par la répression violente, la résistance des travailleurs et pour se préparer à des guerres extérieures.