Contribution au 8ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 2-4 mai 1999

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L'Algérie toujours menacée par le danger islamo-fasciste
et les pressions impérialistes

Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme (PADS)

Le 15 avril 1999 l'Algérie aura un nouveau président de la république, suite à la décision de Zeroual d'abréger son mandat, qui devait normalement se terminer en novembre 2000. Les raisons invoquées pour expliquer ce départ précipité n'ont convaincu personne. Elles sont à rechercher selon nous dans le bilan désastreux d'une politique qui a fait des ravages dans tous les domaines et dans l'aggravation des contradictions entre les différentes fractions de la bourgeoisie compradore, qui recherchent le meilleur moyen de continuer cette politique antinationale et anti-populaire, que les communistes n'ont cessé de dénoncer depuis des années. Notre pays fait face à une crise profonde. Bien qu'une crise semblable affecte de nombreux pays, du fait de la crise structurelle du système capitaliste mondial, elle a en Algérie ses propres spécificités.

L'impérialisme international, qui a toujours accordé un intérêt considérable à notre pays du fait de ses richesses naturelles et de sa position géostratégique a travaillé de longue date pour soutenir les différentes forces réactionnaires (y compris les fascistes islamistes) qui n'ont jamais cessé de leur côté de mettre à profit toutes les possibilités de se renforcer dans la société et dans le pouvoir lui-même pour créer les conditions qui leur ont permis à partir des années 80 de remettre complètement en cause les orientations progressistes des 20 premières années de notre indépendance. Ce changement de cap est devenu encore plus perceptible à partir des années 91 où le fascisme islamiste a commencé ouvertement à s'attaquer à notre peuple et à ses forces progressistes et en détruisant de nombreuses infrastructures économiques. Pendant ce temps l'impérialisme international a imposé par l'intermédiaire du FMI et de la Banque mondiale ses ajustements structurels qui se soldent aujourd'hui par la liquidation de plus d'un millier d'entreprises et un chômage de plus en plus massif qui touche plus de 30% de la population.

L'idéologie, les crimes et les causes de la montée des fascistes islamistes

Ces crimes se sont sodés par des dizaines de milliers de morts. Ils ont frappé en premier lieu des milliers de syndicalistes, d'intellectuels progressistes ou démocrates, artistes, dramaturges de renom, écrivains ou journalistes. Ces barbares s'attaquent désormais à de modestes paysans isolés y compris de simples bergers qu'ils rencontrent sur leur passage. Ils n'ont pas hésité à brûler un millier d'établissements scolaires et à assassiner des centaines d'enseignants. Ces crimes qui indignent toute l'opinion mondiale n'ont pas commencé avec l'interruption du processus électoral en janvier 92, contrairement à la propagande bien connue et distillée régulièrement par leurs avocats algériens ou étrangers qui tendent ainsi à les présenter comme des démocrates soucieux de respecter la volonté populaire. Bien avant cette date ces fascistes ont terrorisé les progressistes et toutes les femmes qui refusaient de se plier à leurs lois rétrogrades au nom d'une idéologie archi-réactionnaire. Cette idéologie n'est pas seulement foncièrement anticommuniste. Elle est violemment hostile à tous les acquis sociaux et au concept même de protection sociale. Pour eux toutes les lois sociales comme la sécurité sociale, les allocations familiales, la retraite ou les congés payés relèvent du modèle occidental importé, incompatible avec la religion islamique.

Dans leurs conceptions tout cela doit être remplacé par la solidarité islamique qui n'est rien d'autre dans leur esprit que la charité que les riches doivent aux pauvres à certaines périodes de l'année qui correspondent aux fêtes religieuses. Cette conception moyenâgeuse n'est rien d'autre que l'expression du capitalisme le plus sauvage qu'on puisse concevoir. Dans la pratique ces intégristes étaient aux côtés des propriétaires fonciers, qu'ils ont encouragé à s'opposer à la révolution agraire dans les années 70, se sont opposés aux luttes ouvrières et ont toujours averti qu'une fois au pouvoir les grèves seraient interdites. C'est avant tout cette idéologie qui intéresse les multinationales et explique le soutien apporté par différents cercles de l'impérialisme à l'intégrisme islamiste, y compris aux courants qui prétendent refuser d'utiliser le terrorisme mais ne cachent pas leur volonté d'instaurer un Etat dit islamique qui ne diffère en rien de celui que veulent instaurer les bandes criminelles qui toutes sont dirigées par des membres de l'ex-FIS dont de nombreux dirigeants disposent de leur liberté de mouvement soit à l'extérieur de l'Algérie soit dans le pays même où ils agissent ouvertement pour exiger la réhabilitation du parti dissous.

Ces forces de l'islamisme intégriste représentent les intérêts des couches sociales exploiteuses qui masquent leurs objectifs de classe derrière la religion et en se servant de multiples associations caritatives pour arriver à leurs fins.

Grâce au développement économique rapide qu'a connu le pays dans les années 70 ces couches se sont enrichies en utilisant les activités commerciales spéculatives. Tout en profitant des possibilités considérables qui leur étaient offertes elles n'ont cessé de canaliser le mécontentement des couches populaires, victimes de l'autoritarisme du pouvoir du parti unique et à la chute du niveau de vie consécutif à la baisse brutale des recettes pétrolières de 1986. Bien mieux préparées que les forces progressistes à la révolte de 1988 elles ont dénaturé grâce à leur démagogie et au refus du pouvoir de tenir compte des véritables aspirations des travailleurs, des paysans pauvres des jeunes et des femmes qui remettaient en cause non seulement le parti unique mais exigeaient une démocratie réelle et non un pluralisme débridé qui a permis aux fascistes islamistes du FIS de s'organiser au grand jour et de revendiquer ouvertement la direction des affaires du pays.

Les fractions de la bourgeoisie compradore ont tourné le dos à l'intérêt national

Les différentes fractions de la bourgeoisie compradore qui dirigent le pays depuis les années 80 ont non seulement favorisé par différents moyens la montée du fascisme islamiste, à qui ils avaient abandonné les 10000 mosquées que compte le pays, le secteur de l'enseignement, la télévision...mais ils ont complètement tourné le dos à l'intérêt national par la politique économique et sociale, qu'ils ont commencée à mettre en oeuvre dès la disparition du regretté président Boumedienne. Dès sa prise du pouvoir son successeur Chadli s'est lancé progressivement dans le libéralisme. Toute son action s'est soldée par un arrêt brutal du développement industriel, la désorganisation du secteur public et des coopératives agricoles l'extension des activités improductives parasitaires, la dilapidation des ressources en devises du pays et le recours à l'endettement qui a asphyxié le pays et a servi de prétexte à ses successeurs pour recourir au FMI et à la Banque mondiale. Ces derniers imposent depuis 1994 leurs fameux plans d'ajustement structurels et une libéralisation tout azimut qui fait qu'aujourd'hui la moitié de notre peuple vit en dessous du seuil de pauvreté. Les réformes imposées par ces institutions vont toujours dans le même sens. Pour elles il faut soit détruire les entreprises dont la production risque de gêner celles des multinationales lesquelles déversent toutes sortes de marchandises souvent de qualité douteuse en Algérie, soit privatiser les secteurs juteux au profit des capitalistes algériens ou étrangers. Aucun secteur n'est à l'abri de la privatisation à laquelle s'oppose courageusement les travailleurs qui luttent pied à pied pour défendre leur emploi.

La production nationale chute année après année. Elle est aujourd'hui inférieure à celle de 1986 pour une population qui a augmenté dans le même temps de 30%. Les secteurs qui se sont effondrés sont ceux qui produisent le fer et l'acier, les camions et les tracteurs, les machines-outils et les moteurs électriques les vannes et les pompes les téléviseurs et la charpente métallique. Tous ces secteurs ont vu leur production en 97 diminuer de 27% par rapport à 96. Le taux d'utilisation des capacités de production de ces secteurs ne dépasse pas aujourd'hui 15% de leur potentiel. Pour l'ensemble de l'industrie ce taux atteint à peine 30%. Cette chute de la production, si elle touche surtout le secteur public n'épargne pourtant pas le secteur privé productif qui perd de plus en plus ses illusions. Le seul secteur dont la production a augmenté de 25% est celui des hydrocarbures, mais un baril de pétrole ou un mètre cube de gaz rapporte deux fois moins aujourd'hui qu'en 86.

Les conséquences sociales de cette politique sont visibles dans tous les domaines. Outre le chômage, tous les acquis sociaux sont réduits. Le FMI et nos gouvernants trouvent qu'on dépense trop pour l'école, la santé et qu'il faut sans cesse réduire les fonds consacrés à ces postes dans le budget de la nation. Les spéculateurs eux n'ont pas de soucis à se faire. C'est à eux que sont accordés les devises du pays avec lesquels ils importent des marchandises de consommation qu'ils revendent sans payer ni taxes, ni impôts. Depuis la signature des accords avec le FMI, la corruption qui était déjà importante a considérablement augmenté. et parallèlement à la paupérisation grandissante d'une majorité d'Algériens, une minorité d'exploiteurs, de spéculateurs et de corrompus s'enrichit à une allure accélérée. Peu soucieux des intérêts nationaux ces couches sociales et leurs représentants politiques veulent créer les conditions qui limiteront encore plus les capacités de décision du pays. Avec les mots de mondialisation et de globalisation plein la bouche, ils veulent lier encore plus le destin de notre pays à celui des différents centres de l'impérialisme en prétendant qu'aucune autre politique n'est possible. Ils sont pressés d'adhérer à l'organisation mondiale du commerce (OMC) ou à l'association de libre-échange avec l'Union Européenne. De leur propre aveu de telles adhésions auront de graves conséquences sur l'économie nationale mais cela ne les empêche nullement de continuer à se soumettre aux diktats des milieux impérialistes. Certaines de ces forces rêvent même d'amarrer notre pays au bloc politico-militaire qu'est l'OTAN qui montre ces jours-ci avec un éclat particulier le rôle que l'on entend lui faire jouer dans le bassin méditerranéen au service de l'impérialisme américain.

Quelles sont les autres forces politiques dans notre pays ?

En dehors des différentes variantes de l'Islamisme et des fractions de la bourgeoisie qui dominent le pouvoir il existe dans notre pays des fractions de la bourgeoisie que nous appelons modernistes. Ces courants politiques bourgeois s'opposent à des degrés divers à l'intégrisme et sont favorables jusqu'à un certain point aux libertés démocratiques mais partagent pour l'essentiel la politique économique et sociale mise en oeuvre depuis plusieurs années et en particulier depuis la signature des accords avec le FMI et la Banque mondiale. Refusant systématiquement de prendre en compte les aspirations populaires et les intérêts des travailleurs pour des motifs de classe, ces forces refusent de comprendre (ou ne peuvent pas le faire!) que dans le cas concret de notre pays il est devenu impossible de liquider le terrorisme et sa matrice idéologique si on ne s'attaque pas à la racine de ce cancer par une politique résolument nouvelle qui rompe sur tous les plans avec celle qui appauvrit jour après jour une grande majorité de notre peuple, qui détruit les acquis sociaux les plus élémentaires, qui n'offre aucune perspective à notre jeunesse.

Certaines forces politiques de cette bourgeoisie vont même jusqu'à dénigrer tous les aspects positifs de la politique des années 70, que les masses populaires regrettent pourtant, parce que les gens mangeaient à leur faim, que l'enseignement, et les soins étaient gratuits, que l'avenir n'étaient pas bouché. Certaines de ces forces vont même jusqu'à mettre sur le compte de cette période tous les maux actuels de notre peuple au mépris du bon sens le plus élémentaire. Nous communistes qui avons pourtant subi la répression durant ces années là pour notre attachement aux libertés, nous refusons de crier avec les loups et nous combattons ces tentatives de travestir la vérité. Cette attitude de notre part ne signifie pas bien sûr que nous ignorons les graves faiblesses et l'autoritarisme qui ont permis aux forces de droite de ce pouvoir, appuyées par les cercles impérialistes de rompre avec ces orientations, non pour corriger les faiblesses mais pour se lancer dans un libéralisme qui a enfoncé notre pays dans la crise. Les mêmes vont jusqu'à faire de la surenchère en matière d'application des plans d'ajustement structurel; Elles demandent à ce qu'on aille plus vite encore dans les privatisations y compris celle des terres publiques, dans les liquidations d'entreprises, dans une fuite en avant pour satisfaire les desseins des milieux impérialistes dont elles recherchent elles aussi le soutien avec l'illusion que ces milieux vont abandonner les islamistes. Elles agissent sur ce plan exactement comme les forces du pouvoir qu'elles prétendent combattre. Mais il y a plus grave. Leur aveuglement et leur refus persistant de reconnaître le caractère de classe de l'intégrisme et du terrorisme et partant de proposer une politique qui, sans être franchement progressiste, aurait un contenu démocratique tel, qu'il rompe avec l'autoritarisme du pouvoir et ses tendances à partager de plus en plus le pouvoir avec les islamistes. L'absence de ces courants de la bourgeoisie moderniste de la campagne électorale actuelle et l'appel au boycott d'une partie de ces courants est peut-être à rechercher dans l'impasse où les a menée leurs propres conceptions.

Les luttes des travailleurs, des paysans et des intellectuels progressistes et la position des communistes

Les crimes atroces commis par les fascistes islamique sont connues. Ils ont dépassé dans leur horreur tout ce peut imaginer un être humain sensé. La lutte menée contre ces hordes criminelles et contre les plans de destruction des bases mêmes de notre économie, contre la volonté du capitalisme international et des milieux dirigeants désireux de faire de notre pays un simple réservoir de pétrole et de gaz, dont les ressources seraient partagées entre les multinationales et une mince couche de spéculateurs et de corrompus au milieu d'un désert de pauvreté, est beaucoup moins médiatisée.

Beaucoup de paysans et d'ouvriers luttent les armes à la main contre les bandes fascistes et protègent leurs familles et leurs villages aux côtés des forces de sécurité Les travailleurs de toutes les branches, y compris les fonctionnaires luttent quotidiennement contre les fermetures d'entreprises et la sauvegarde des services publics essentiels à la vie de la nation. Les salariés luttent aussi pour leur pouvoir d'achat, le paiement régulier de leur salaire contre les privatisations. Les cadres honnêtes de l'économie qui s'opposent aux plans de liquidation subissent la répression. Plus de 2000 d'entre eux se trouvent en prison. N'oublions ni la lutte courageuse des femmes algériennes ni les prises de position des intellectuels progressistes et démocrates, qui refusent de se plier aux injonctions des islamistes et exigent le respect des libertés démocratiques, y compris pour venir à bout définitivement du danger fasciste. N'oublions pas non plus les actions menées pour que toutes les composantes de notre personnalités soient respectées et qu'en particulier la langue amazigh ait droit de cité aux côtés de la langue arabe. Toutes ces luttes n'ont cessé de se développer et prennent de plus en plus d'ampleur et c'est elles qui inquiètent les milieux impérialistes et nos dirigeants lesquels tentent de créer les conditions à même de s'y opposer avec efficacité, en particulier à travers leur décision de recourir à l'élection présidentielle anticipée. Ces luttes ne sont pourtant pas faciles. L'insécurité, l'autoritarisme du pouvoir, le chômage grandissant, la trahison de la direction du principal syndicat (UGTA) la répression antisyndicale, le défaitisme distillé par certains courants opportunistes qui ne voient de salut que dans une action par le haut et méprisent les masses, tout cela ne favorise pas une convergence absolument indispensable pour venir à bout d'une politique qui menace jusqu'à notre existence en tant que nation.

L'élection présidentielle en cours n'est pas destinée à améliorer la situation. Elle peut au contraire aggraver la situation politique. Les candidats au nombre de 7 sont à diviser en 2 camps. Les uns sont connus pour être des défenseurs acharnés de la réhabilitation de l'ex-FIS. Les autres font des promesses démagogiques mais ne feront que poursuivre la stratégie actuelle : Continuer à traquer les groupes terroristes tout en élargissant l'alliance à toutes les tendances islamistes soi-disant modérées. Tous sont décidés à continuer la politique imposée par le FMI.

Dans cette élection nous avons appelé à voter Nul pour trois raisons: notre opposition au danger islamo-fasciste, notre refus de cautionner la stratégie de chantage du pouvoir, qui use et abuse du vote " utile " en spéculant sur le désir de paix de notre peuple et enfin nous voulons exprimer notre refus du boycott démobilisateur. Organisés dans le Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme (PADS) les communistes algériens se sont fixés pour objectif de reconstruire le Parti communiste tout en assumant leurs responsabilités historiques dans l'affrontement avec le fascisme islamiste. Leur démarche s'articule autour de la construction

1- d'un grand parti communiste enraciné au sein de la classe ouvrière et de la paysannerie laborieuse.

2- d'un front démocratique et populaire, antifasciste mobilisant les masses pour :

- Barrer la route au fascisme islamiste

- Défendre les libertés démocratiques et combattre l'autoritarisme du pouvoir

- Défendre les acquis économiques et sociaux, l'indépendance nationale menacés par les accords avec le FMI

Sur la base de cette stratégie, les communistes travaillent à la réalisation des alliances avec la frange démocratique moderniste de la bourgeoisie y compris avec les courants anti-intégristes du pouvoir et ceci sans jamais cesser de dénoncer leurs conceptions libérales au plan de l'économie ou leurs méthodes de marchandages avec les autres fractions de la bourgeoisie, là où l'appui des masses populaires est indispensable pour arracher le succès.

13 Avril 1999

Contribution au 8ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 2-4 mai 1999

Thème: L’impérialisme, c’est la guerre

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