Contribution au 8ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 2-4 mai 1999

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Nous avons besoin d'un mouvement de paix anti-impérialiste!

Parti Communiste des Marxistes-Léninistes (révolutionnaires) - KPML(r), Suède

I

La guerre d'agression des Etats-Unis et de l'Otan contre l'Etat souverain de la Yougoslavie – l'un des membres fondateurs des Nations Unies – a prouvé une fois de plus le bien-fondé des analyses marxistes résumées dans ce slogan:

A l'ère de l'impérialisme, la guerre est inévitable ou, pour le dire plus crûment: l'impérialisme, c'est la guerre.

A la veille d'un siècle nouveau, nous pouvons résumer la situation comme suit: Durant la totalité du 20e siècle, l'impérialisme et le capitalisme monopoliste ont commis plus d'atrocités et ont été engagés partout dans le monde dans des meurtres de masse et des guerres génocidaires d'une ampleur encore sans précédent dans l'histoire de l'humanité.

Après la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle l'Union et le peuple soviétique avaient joué un rôle décisif en battant les puissances nazies et fascistes (des puissances à la fois capitalistes et impérialistes), le socialisme fut instauré dans un certain nombre de pays d'Europe. Toutefois, aussi longtemps qu'exista ce bloc socialiste (i.e. l'Union soviétique et l'Europe de l'Est), il empêcha les atrocités les plus flagrantes et représenta une garantie de paix pour tout le continent européen. Si l'Europe a pu connaître presque un demi-siècle de paix, c'est parce que l'impérialisme américain et les autres forces impérialistes ont été forcés de compter avec la puissance militaire du bloc socialiste et de l'accepter.

Ainsi donc, il est clair que la force du socialisme fut le garant fondamental de la paix sur ce continent, de même que le développement d'un potentiel nucléaire en Union soviétique sauva le monde des horreurs des guerres nucléaires après Hiroshila et Nagasaki. Si l'impérialisme américain et les autres puissances impérialistes avaient détenu le monopole de l'armement nucléaire, il ne fait aucun doute qu'ils auraient utilisé ces armes au cours de leurs guerres impérialistes, par exemple en Corée et au Viêt-nam.

Dans le reste du monde, toutefois, oppressions et agressions impérialistes envers les peuples luttant pour leur indépendance et leur liberté ont été une réalité constante. La guerre de Corée, la guerre du Viêt-nam, les guerres contre chaque mouvement de libération nationale dans les luttes anticoloniales en Afrique, en Asie et en Amérique latine en témoignent amplement.

Dans les bastions mêmes de l'impérialisme, la lutte contre leur "propre" classe ouvrière et autres couches opprimées a généralement adopté des méthodes plus "subtiles". L'establishment politique et économique, cependant, a hésité à s'appuyer sur ses forces militaires et policières, lorsqu'il estimait que les luttes ouvrières menaçait son pouvoir et son hégémonie, ou que des idées et mouvement politiquement radicaux et révolutionnaires semblaient gagner en influence. Il est à peine nécessaire de citer des exemples, puisque notre histoire européenne en fourmille, depuis la Grèce et l'Italie à la fin des années 40, aux grèves des mineurs en Grande-Bretagne dans les années 80, etc., en passant par la France, l'Allemagne de l'Ouest, l'Italie, l'Espagne des années 60.

Du point de vue de l'impérialisme, toute la période de ce qu'on a appelé la guerre froide a visé à contenir et combattre de façon agressive le bloc socialiste, empêchant les idées socialistes de se répandre dans l'Occident capitaliste et utilisant les partis social-démocrates afin de désarmer politiquement la masse de la classe ouvrière et de lui inculquer des points de vue bourgeois.

Pour ce faire, les capitalistes durent payer un certain prix. Ils laissèrent s'échapper d'infimes parts de leurs profits (et des profits colossaux qu'ils tiraient de l'exploitation de ce qu'on a appelé le tiers monde) dans la mise en place de systèmes d'aide sociale et de certaines formes de sécurité sociale. Ils estimèrent que le prix en valait la peine s'ils voulaient conserver une stabilité et un contrôle politique et économique de la situation.

Ceci est une facette des choses. Une autre facette consista en une menace politique constante contre la totalité du système capitaliste et impérialiste, avec des exemples existants de sociétés alternatives à l'économie planifiée, d'où la propriété privée des moyens de production était absente, etc. La lutte de classe (même sous ses formes réformistes) de la classe ouvrière dans les pays impérialistes força certains reculs. Cela fit également partie de la note à payer.

Avec la chute finale du bloc socialiste (l'Union soviétique et l'Europe de l'Est) en 1990-91, les capitalistes monopolistes du monde occidental accompagnèrent leur euphorie par l'affirmation politique d'un "nouvel ordre mondial" au sein duquel les conflits seraient résolus selon des voies pacifiques et via des négociations et des accords mutuels.

En réalité, ceci signifiait carrément que toutes les limitations prévues à l'exercice de leur pouvoir par la violence avaient désormais disparu.

Depuis lors, nous avons assisté à l'horrible guerre du Golfe, à l'invasion par les Etats-Unis de la Somalie, de Haïti, de la Bosnie, et aujourd'hui de la Yougoslavie. L'impérialisme américain a commis des atrocités et s'est livré à des attaques terroristes manifestes en Libye, en Afghanistan et au Soudan. Il est profondément impliqué dans des conflits en Afrique centrale; il commet en permanence des actes d'agression envers la RDP de Corée, accroît ses sanctions criminelles contre Cuba.

Par le biais de l'Otan, l'impérialisme américain étend en outre sa domination militaire sur un certain nombre de pays, en Europe et ailleurs. Non seulement trois nations de plus sont devenues membres de l'Otan, mais encore, dans le cadre du prétendu "Partenariat pour la Paix" (sic!), l'Otan regroupe aujourd'hui plus de 40 nations. Plus encore, l'Otan a signé avec un certain nombre de régimes des "traités d'association" et des "accords de coopération" débordant de loin de la "zone d'opération" officielle de l'Otan, comme c'est le cas dans le Caucase, l'Afrique orientale, etc.

Il est particulièrement important de souligner l'implication de l'Otan dans le Caucase en tant que composante de la stratégie impérialiste des Etats-Unis soucieuse de sauvegarder le contrôle futur de riches réserves pétrolières de cette région. Dans ce contexte, il convient également de faire remarquer que le soutien massif que l'Otan a toujours apporté aux divers régimes fascistes qui se sont succédé chez son partenaire turc (le rôle des Etats-Unis dans la capture du dirigeant du PKK Abdullah Öcalan n'en est qu'un exemple récent et bien concret) a encore augmenté, si possible, dans le cadre des plans concernant la construction de pipelines partant du Caucase et traversant la Turquie, ce qui dans le futur évincerait la Russie de toute possibilité d'influence ou de contrôle. Par conséquent, au cours des années 90, les divers régimes fascistes turcs n'ont cessé de recevoir des livraisons de plus en plus importantes d'armes américaines, le point culminant de ces livraisons se situant dans l'exercice 1994-95 et se traduisant d'ailleurs par une intensification sans précédent des agressions et des offensives génocidaires contre le peuple kurde.

Aujourd'hui, l'Otan constitue à l'échelle mondiale l'instrument le plus important, sinon le seul, d'agression, de coercition et de domination politique de l'impérialisme américain.

Entre les principaux blocs impérialistes (Etats-Unis, Union européenne, Japon), on peut constater, sur le plan économique, des signes croissants de lutte et de compétition autour de la conquête des marchés et de l'exploitation des ressources naturelles mondiales. L'aggravation constante des crises économiques que connaissent à l'échelle mondiale le capitalisme monopolistique et l'économie néo-libérale de marché - l'actuelle rivalité au sein même de l'Organisation du Commerce Mondial (WTO) est qu'un exemple parmi tant d'autres de cette guerre économique - correspond dans un même temps à une aggravation des menaces de nouvelles guerres d'agression.

Les Etats-Unis sont la seule superpuissance militaire au monde et ils utilisent cette supériorité militaire pour renforcer leur rôle mondial autoproclamé de "leader mondial". Mais s'il se cache généralement derrière les prétextes de vouloir défendre la "démocratie", les "droits de l'homme" et même les "libertés", leur but est tout simplement d'établir et d'assurer l'hégémonie de l'impérialisme américain.

Le mépris flagrant affiché par l'impérialisme américain vis-à-vis des lois, conventions et accords internationaux s'est encore fortement accentué durant les années 90. La récente déclaration faite devant le Congrès américain, selon laquelle les Etats-Unis n'acceptent pas que les Nations Unies et leur Conseil de Sécurité puissent intervenir, ni même avoir leur mot à dire, sur les "décisions prises par les Etats-Unis et l'Otan", le montre à suffisance. Les nouvelles lois récemment adoptées au Congrès - "la participation de l'Otan" et "l'octroi de facilités à l'Otan" - équivalent au plus important renforcement des ressources militaires américaines depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elles mettent aussi clairement l'acent sur les objectifs de la stratégie future des Etat-Unis.

II

Il est par conséquent d'une extrême importance que les communistes et les forces progressistes analysent cette stratégie de la guerre d'agression des Etats-Unis et de l'Otan en Yougoslavie, non seulement sur le plan de ses aspects concrets ou des événements qui se déroulent actuellement, mais également en fonction d'une perspective plus vaste, c'est-à-dire en tant que signe avant-coureur de ce qui attend les peuples à l'avenir s'ils ne se soumettent pas volontairement aux exigences des Etats-Unis et qu'ils refusent la suprémacie de l'impérialisme américain.

Le premier point à observer est que cette guerre d'agression constitue une violation particulièrement flagrante et grossière des lois internationales, de la Charte des Nations Unies et des conventions internationales:

A/ Il s'agit d'une violation de la Charte des Nations Unies, Article II, qui interdit l'usage de la force contre un Etat souverain tant qu'il n'a pas commis d'agression contre d'autres Etats. Seule l'ONU, via son Conseil de Sécurité, peut attribuer ce droit, après que le problème en question lui a été soumis.

B/ Il s'agit d'une violation de la Convention de Vienne de 1980 concernant la "Loi des Traités" et qui interdit la coercition et l'usage de la force en vue de forcer quelque Etat que ce soit à signer un traiter ou un accord.

C/ Il s'agit d'une violation de l'Acte final des Accords d'Helsinki de 1975, lequel garantit les frontières territoriales des Etats de l'Europe.

D/ Si l'actuelle guerre d'agression débouche sur la reconnaissance du Kosovo en tant qu'Etat indépendant, il s'agit d'une violation de la loi internationale interdisant la reconnaissance de provinces affirmant unilatéralement leur indépendance contre leurs autorités fédérales.

E/ En réalité, il s'agit également d'une violation de la propre charte de l'Otan, qui se prétend une organisation défensive ne pouvant recourir à la force qu'à des fins de défense mutuelle si l'un ou plusieurs de ses membres est attaqué.

La guerre d'agression menée par les Etats-Unis et l'Otan constitue de toute évidence une attaque ouverte et absolument éhontée contre l'ordre mondial - avec tous ses défauts et manquements - tel qu'il a été établi à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, à l'époque où l'on prétendait que les Nations Unies étaient "un gouvernement au-dessus de chaque nation séparée ou groupe de nations".

Nous savons naturellement qu'à maintes reprises les Nations Unies ont servi de couverture aux objectifs des puissances impérialistes. Nombre de guerres ont été livrées en prétextant de "missions de l'ONU" ou en accord avec les "mandats des Nations Unies".

Mais au sein même des Nations Unies, des pas importants ont également été franchis en opposition aux intérêts de l'impérialisme, comme ce fut le cas par exemple avec la déclaration d'un "nouvel ordre économique mondial", au début des années 60, sans parler d'un certain nombre de conventions prises au fil des années et concernant des mesures concrètes destinées à faire cesser ou à limiter la destruction de l'humanité et de la nature par l'exploitation capitaliste et impérialiste.

L'impérialisme américain et les autres puissances impérialistes ont constamment saboté les perspectives des nobles idéaux qui, dit-on, animent les Nations Unies.

Aujourd'hui, toutefois, l'impérialisme américain a franchi de nouveaux pas. Les Etats-Unis déclarent simplement que ses intérêts politiques et ses agressions militaires priment sur les Nations Unies ou ne sont nullement du ressort de ces mêmes Nations Unies.

L'impérialisme américain a l'intention de s'ériger en dominateur du monde, en juge et arbitre du monde, et c'est sa position de superpuissance qui rend tout ceci possible.

Aujourd'hui, par conséquent, la problématique de la guerre et de la paix est entièrement liée à la question même du combat contre les menées de l'impérialisme américain en vue de la domination mondiale.

III

Au cours de la période que l'on a appelée la guerre froide, un important mouvement pacifiste s'est développé dans les pays impérialistes. Ce mouvement présentait également des liens avec les peuples des la partie socialiste de l'Europe. L'une de ses premières manifestations majeures consista en "l'appel de Stockholm" en 1950, lorsqu'à l'échelle mondiale, plus de 100 millions de personnes signèrent une protestation contre les armements nucléaires et les préparatifs militaires et contre la menace que ceux-ci constituaient pour l'humanité, de même que contre la bombe à neutrons et le programme de "Guerre des Etoiles", se déclarant par contre partisanes de zones antinucléaires, et au cours des années 80, des manifestations furent organisées contre la politique de l'administration Reagan (et contre Thatcher, sa protégée en Grande-Bretagne).

Ces mouvements populaires ont eu leur importance en ce sens qu'ils n'acceptaient pas la propagande impérialistes parlant des "menaces soviétiques" à l'encontre du "monde libre", et qu'ils plaidaient en faveur de règlements politiques et pacifiques des contradictions existant entre les deux systèmes: le socialisme et le capitalisme.

Dans un même temps, ils furent limités, à la fois en étant bourgeois dans leur conception et pacifistes dans leur pratique. Ils ne remettaient pas en question l'exploitation ni l'oppression du capitalisme en soi, se contentant de mettre le doigt sur ses conséquences les plus néfastes. Il convient également de souligner que ce mouvement en faveur de la paix ne joua aucun rôle prépondérant ni même de quelque importance dans les mouvements anticoloniaux et anti-impérialistes là où ils se manifestèrent en Europe; pas plus qu'il ne se manifesta aux côtés des mouvements révolutionnaires de libération qui virent le jour dans le tiers monde de l'époque. (En guise d'exemple mineur, citons la Suède, où le mouvement pacifiste disparut plus ou moins au moment de l'escalade de la guerre du Viêt-nam dans les années 60. Ses derniers soubresauts s'exprimèrent en faveur de la "paix au Viêt-nam", alors que les impérialistes américains y avaient déjà plus de 500.000 hommes et qu'ils se livraient à leurs crimes de guerre, et il ne prit même pas la peine de pointer du doigt les Etats-Unis en tant qu'"agresseur").

En d'autres termes, ils refusèrent ou négligèrent de considérer la lutte de classe en cours comme la cause principale de menace envers la paix mondiale, et le fait que l'impérialisme destinait ses préparatifs militaires à un usage agressif à l'encontre du monde socialiste et des forces progressistes dans le "tiers monde".

Ces mouvements pacifistes ne projetèrent quasiment jamais de tâche politique d'une portée allant au-delà du systèmùe capitaliste.

A la veille même de la Première Guerre mondiale, Lénine définit en ces termes l'approche communiste du problème de la paix et de la guerre, en faisant référence à la situation de l'époque:

"Les socialistes ont toujours condamné les guerres entre les peuples comme une entreprise barbare et bestiale. Mais notre attitude à l'égard de la guerre est foncièrement différente de celle des pacifistes (partisans et propagandistes de la paix) bourgeois et des anarchistes. Nous nous distinguons des premiers en ce sens que nous comprenons le lien inévitable qui rattache les guerres à la lutte des classes à l'intérieur du pays, que nous comprenons qu'il est impossible de supprimer les guerres sans supprimer les classes et sans instaurer le socialisme; et aussi en ce sens que nous reconnaissons parfaitement la légitimité, le caractère progressiste et la nécessité des guerres civiles, c'est-à-dire des guerres de la classe opprimée contre celle qui l'opprime, des esclaves contre les propriétaires d'esclaves, des paysans serfs contre les seigneurs terriens, des ouvriers salariés contre la bourgeoisie. Nous autres, marxistes, différons des pacifistes aussi bien que des anarchistes en ce sens que nous reconnaissons la nécessité d'analyser historiquement (du point de vue du matérialisme dialectique de Marx) chaque guerre prise à part."

(Lénine: Le socialisme et la guerre, 1914, Œuvres, T.21, p.309, Ed. Sociales, Paris - Ed. en langues étrangères, Moscou, 1960.)

Et quand Staline aborda le même problème quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, il analysa clairement tant le côté progressiste du mouvement pacifiste de l'époque que ses limites:

"On affirme que la thèse de Lénine selon laquelle l'impérialisme engendre inévitablement la guerre devrait être considérée comme dépassée, puisque de nos jours de puissantes forces populaires se sont développées afin de défendre la paix et de parer à une nouvelle guerre mondiale. Cette affirmation est incorrecte. L'actuel mouvement pacifiste a pour but de mobiliser les masses populaires dans la défense de la paix et l'opposition à une nouvelle guerre mondiale. Par conséquent, il ne se donne pas pour but la destruction du capitalisme ni la construction du socialisme. Au contraire, dans sa lutte en vue de préserver la paix, il se limite à des buts démocratiques. Le résultat le plus probable, en cas de succès, de l'actuel mouvement pacifiste en tant que mouvement soucieux de sauvegarder la paix, sera sa capacité à empêcher une guerre bien précise, de la reporter pendant un laps de temps précis, de préserver une certaine paix pendant un certain temps, d'obtenir qu'un gouvernement fauteur de guerre démissionne et soit remplacé par un autre gouvernement prêt pendant une certaine période à préserver la paix. Bien sûr, c'est louable. Même très louable. Mais cela ne suffit pas à écarter le caractère inévitable de la guerre entre les pays capitalistes tous ensemble. Cela ne suffit pas, puisqu'en dépit de ces succès du mouvement pacifiste, l'impérialisme existe toujours et que se maintient avec lui, par conséquent, le caractère inévitable des guerres. Si l'on veut écarter le caractère inévitable des guerres, il est indispensable de détruire l'impérialisme."

(Staline: Problèmes économiques du socialisme en URSS, pp.35-36, traduit d'une version anglaise elle-même traduite à partir de Swedish Ed, Moscou, 1953.)

IV

Quelles conclusions doit-on tirer des exigences de l'actuelle situation mondiale et de l'histoire?

La mise sur pied d'un nouveau et vaste mouvement pacifiste populaire est-elle possible dans les pays impérialistes et les communistes doivent-ils l'envisager comme une tâche importante?

En termes généraux, nous estimons qu'il convient de répondre par l'affirmative aux deux questions. Mais dans un même temps, nous devons envisager avec le plus grand réalisme la situation réelle et les actuelles faiblesses des forces révolutionnaires dans nos pays.

Parce que la principale leçon à tirer de l'histoire qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, à cet égard, c'est qu'un mouvement pacifiste réellement capable de s'insurger contre les menaces de guerre impérialistes et de mobiliser de larges masses de travailleurs et autres contre une guerre en cours ou en devenir, y compris de mobiliser ces masses contre leur propre gouvernement si celui-ci y est impliqué, présuppose une forte influence des communistes, de même que la direction par les communistes dudit mouvement.

Et ceci, à son tour, ne peut être réalisé si les partis et forces révolutionnaires et communistes de chaque pays ne sont pas suffisamment puissants et soutenus dans leur travail par une base prolétarienne solide. La force du mouvement pour le Viêt-nam, dans un pays comme la Suède, par exemple, fut que dès le départ il adopta une position anti-impérialiste tranchée, qu'il combattit avec acharnement les positions pacifistes et "dénuées d'implication politique", et qu'il défia les positions de l'époque de la gauche révisionniste (à savoir, l'ancien Parti Communiste de Suède).

L'une des principales leçons se situe également dans l'importance de la conscientisation. Il n'est pas trop malaisé, dans une situation donnée, d'obtenir de la part de beaucoup de monde des réactions nettement marquées contre les atrocités concrètes de la guerre. Les gens peuvent s'émouvoir spontanément et extérioriser la force de leurs sentiments lorsqu'ils voient, entendent et apprennent des choses concernant une guerre donnée. Les images télévisées de charniers, d'enfants assassinés, de flots de réfugiés, des maisons et de villes détruites, de civils tués, tout cela provoque une exacerbation des sentiments. C'est d'ailleurs tout naturel, et cela fait partie de la nature humaine.

Mais de tels sentiments ne peuvent prédominer que pendant un laps de temps des plus restreints et, plus important encore, il est possible de les manipuler dans n'importe quelle direction si on ne les associe pas à une connaissance et une compréhension plus profonde des raisons qui ont provoqué ces actions d'horreur.

Bien qu'il ne reflète pas directement une situation de guerre, un exemple peut illustrer ceci: la catastrophe naturelle qui a frappé l'Amérique centrale l'an dernier - l'ouragan Mitch - a suscité de nombreux sentiments en faveur des populations touchées du Guatemala, du Honduras et du Nicaragua. Mais le fait, d'une importance capitale, que l'amplitude de cette catastrophe n'était pas en premier lieu imputable à la nature, mais bien que c'étaient la rapacité et l'exploitation capitalistes qui avaient condamné ces masses déshéritées à vivre de cette façon et partant de là à voir disparaître dans la tourmente leurs maisons, leurs familles et leurs maigres possessions, alors que dans le même temps, en comparaison, les gens riches et ceux de la classe moyenne ne furent que très peu affectés par l'ouragan, ce fait a toujours été occulté. Les victimes de l'ouragan Mitch étaient en réalité des victimes du capitalisme, des compagnies transnationales qui les exploitaient, exploitaient la nature et, ce faisant, avaient créé toutes les conditions préalables à cette catastrophe.

Un mouvement pacifiste digne de ce nom doit considérer que sa première tâche est d'éduquer les masses au sujet des causes fondamentales de la guerre en leur expliquant en permanence que de par sa nature le système économique capitaliste mène inévitablement à un danger de guerre. Ce n'est que de cette façon que la mobilisation pourra empêcher avec succès la guerre d'éclater, alors que dans un même temps, la machine de propagande impérialiste pourra être plus facilement dénoncée lors des périodes de danger.

La vérité est la première victime de la guerre. C'est un axiome très commun à notre époque, mais il est on ne peut plus pertinent.

Un mouvement pacifiste digne de ce nom doit assurément viser à faire cesser une guerre lorsque celle-ci éclate. La forme la plus progressiste de cette position se retrouve dans la ligne de conduite de Lénine et des communistes avant la Première Guerre mondiale, consistant à refuser à son "propre" gouvernement impérialiste le droit de déclencher une guerre et, lorsque celle-ci se produit, à prendre les armes contre ce même gouvernement.

Au cours des années 30, et plus précisément à propos de la guerre d'Espagne, l'antifasciste norvégien bien connu Nordahl Grieg répondit aux critiques émanant des "organisations d'aide humanitaire" que le mot d'ordre correct aurait dû être "des fusils pour l'espagne". Il fit remarquer que "l'humanisme" bourgeois avant plutôt tendance à réclamer "des ambulances et des cercueils pour l'Espagne". Mais, écrivait-il, il y avait déjà de trop nombreux morts. Il serait grand temps que l'on essaie désormais de sauver des personnes encore vivantes!

Nous, communistes, avons la responsabilité de défendre la paix, de mobiliser les masses en vue de cette défense. Mais défendre la paix revient également à lutter contre l'impérialisme et le capitalisme monopoliste, à encourager et diriger une lutte de classe en plein devenir.

Ces aspirations nobles et subjectives en faveur de la paix ne pourront jamais être satisfaites tant que la cause même de la guerre n'aura pas été abolie.

(Avril 1999)

Contribution au 8ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 2-4 mai 1999

Thème: L’impérialisme, c’est la guerre

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