Contribution au 8ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 2-4 mai 1999

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La stratégie militaire de l'impérialisme japonais

Ligue Communiste du Japon

1. Au contraire de l'impérialisme américain, l'impérialisme japonais a rarement révélé ou discuté en public sa stratégie militaire, et même s'il l'a fait en de très rares occasions, les révélations qu'il a pu livrer étaient suffisamment vagues pour masquer ses intentions réelles. C'est dû au fait que la bourgeoisie japonaise s'est toujours méfiée des regards et de la critique des peuples asiatiques qui ont subi l'invasion de l'armée impériale japonaise au cours de la Seconde Guerre mondiale et qui représentent aujourd'hui des marchés d'une importance vitale pour le capital japonais. En outre, elle y est contrainte par l'actuelle Constitution du Japon qui décrète la renonciation à la guerre, à l'entretien d'une armée, à la levée de troupes armées et au droit de belligérance. Et de plus, durant la période de l'après-guerre, la bourgeoisie japonaise et son gouvernement ont également été contrés par le mouvement d'hostilité à la guerre dirigé par la classe ouvrière, et ils n'ont pu étaler publiquement leur propre stratégie militaire ni intégrer politiquement les classes moyennes à cette stratégie.

Tout au long de l'après-guerre, la bourgeoisie japonaise s'est ingéniée à jouer un rôle dans le cadre du parapluie nucléaire et de la stratégie militaire des Etats-Unis, lesquels s'appuient sur le Traité de Sécurité américano-japonais qui constituait en quelque sorte l'épine dorsale de la politique étrangère et de la situation militaire du Japon. La bourgeoisie japonaise s'est chargée elle-même de réaliser des études traitant des alternatives stratégiques, tant politiques que militaires, mais sans la moindre chance de pouvoir les publier en raison de la réalité des circonstances politiques et de son propre pouvoir de décision sur le plan militaire.

2. Toutefois, la bourgeoisie japonaise a récemment décidé de dévoiler ses ambitions militaires dans ce nouveau stade de la compétition entre impérialistes qu'est la "mondialisation". Nous pouvons dégager son profil au travers de conjectures logiques reposant sur les éléments suivants: les diverses tendances dans le développement du capitalisme mondial et la position de l'impérialisme japonais dans le développement de la confrontation des classes et son intégration au Japon, et, partant de là, l'inévitable stratégie politico-militaire de la bourgeoisie financière monopoliste du Japon en tant que classe dirigeante. Les communsites doivent avoir une vision correcte de ces ambitions stratégiques et il doivent également se préparer à étoffer les cadres et les rangs du prolétariat, qui livre une lutte militante contre ces mêmes ambitions.

3. L'exposé suivant est destiné à faire comprendre aux camarades à l'étranger quelle est la stratégie politico-militaire de la bourgeoisie financière monopoliste du Japon, et comment le parti communiste d'avant-garde et le prolétariat révolutionnaire devraient la combattre.

A. TENDANCES DE BASE DU CAPITALISME MONDIAL ET POSITION DE L'IMPERIALISME JAPONAIS

4. La base économique de la "mondialisation" réside dans les capitaux financiers monopolistes multinationaux dont le pouvoir productif à débordé du simple cadre de l'économie nationale conventionnelle. Leurs exigences sont représentées politiquement par les impérialistes qui essaient d'abaisser les frontières nationales et les réglementations imposées à la circulation des capitaux. Dans ce processus, le capitalisme a accepté la socialisation de la production au travers des frontières, et ceci a préparé une base matérielle à la société socialiste. Par conséquent, l'impérialisme, en tant que stade suprême du capitalisme, constitue également un tremplin à la révolution socialiste.

5. Par ailleurs, la bourgeoisie a besoin d'un Etat national qui soit l'outil de sa domination de classe. Elle ne se débarrassera jamais de cet outil qui lui permet d'opprimer les luttes de classes prenant de l'ampleur ainsi que les luttes révolutionnaires menées en ces temps de mondialisation. Bien au contraire, elle compte bien consolider davantage encore cet outil.

6. Les exigences des impérialistes en matière de suppression des frontières des économies nationales, qui vont de pair avec la nécessité pour les Etats nationaux de maintenir leur domination de classe, les a poussés progressivement à instaurer des zones économiques régionales. En Europe, l'Union européenne s'est forgée une monnaie commune, l'Euro, alors qu'en Amérique du Nord se constituait le NAFTA (North Americain Free Trade Agreement ou, en français, ANALE, Accord Nord-Américain de Libre Echange). En Asie, cette volonté s'est traduite par la formatioon de l'APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation) et cette dernière œuvre également à la création d'une monnaie régionale commune.

7. Dans le contexte de ces développements, la loi du développement inégal du capitalisme entre elle aussi en ligne de compte. La compétition inter-impérialistes s'intensifie entre l'impérialisme américain, qui est demeuré la puissance dominante, même après sa première dégringolade survenue dans les années 70, l'impérialisme de l'Union européenne dirigé par l'Allemagne, et l'impérialisme japonais. Le combat que se livrent ces trois grandes puissances impérialistes en vue d'accéder à l'hégémonie mondiale se déroule selon des initiatives visant à constituer une zone économique régionale de même qu'un système sécuritaire destiné à la protéger.

8. Dans de telles circonstances, la bourgeoisie financière monopoliste du Japon est forcée de consolider son contrôle économique, politique et militaire sur la région Asie-Pacifique, où elle maintient la principale concentration de ses intérêts économiques. Sa stratégie à long terme sur le plan économique consiste à vouloir établir en Asie une zone économique dominée par le yen, afin de contrer le dollar et l'Euro. Militairement, elle définit la Chine, la Corée du Nord et les luttes populaires anti-impérialistes dans les pays d'Asie comme représentant des "menaces contre les intérêts japonais". De ce fait, elle tente de contrer ces "menaces" en combinaison avec l'impérialisme américain d'une part, et tente de prendre l'initiative en se forgeant un nouveau cadre de système de sécurité régional multilatéral tel que le Forum Regional de l'ASEAN (l'ARF) d'autre part.

B. LA STRATEGIE MILITAIRE DE L'IMPERIALISME JAPONAIS DE L'APRES-GUERRE

9. Affublé de la spécificité d'une puissance impérialiste vaincue et aux prises avec la lutte des classes durant la période de l'après-guerre, l'impérialisme japonais a conservé quelques points faibles des plus importants, à savoir une infériorité dans sa stratégie militaire et dans ses capacités militaires.

L'article 9 de l'actuelle Constitution japonaise, promulguée à l'initiative de l'impérialisme américain dans le but de réduire à néant le militarisme japonais au lendemain de la guerre, stipule la renonciation à la guerre, à l'entretien de forces armées et au droit de belligérance. Et, parmi les travailleurs et les gens qui ont vécu la défaite militaire, la misère et les bombes atomiques, il s'est développé une conscientisation profonde en même temps qu'un sentiment solidement ancré d'hostilité à l'égard de la guerre.

Par ailleurs, confronté à la victoire de la Révolution chinoise et à la guerre de Corée, l'impérialisme américain a modifié sa politique étrangère en ce qui concerne le Japon. Il a érigé le Japon comme une digue contre le mouvement communiste asiatique et a conclu le Traité de Sécurité américano-japonais de 1951. Par la suite, le maintien de l'alliance américano-japonaise a constitué la base de la stratégie militaire de l'impérialisme japonais. Parallèlement, on a effacé de la Constitution la renonciation au maintien de forces armées en jouant sur son "interprétation" et on a instauré des Forces d'Autodéfense (SDF - Self-Defence Forces), qui à l'époque portaient encore le nom de Force de Police de Réserve. Depuis lors, ces SDF n'ont cessé de se renforcer considérablement, bien qu'elles aient toujours dû essuyer des critiques leur reprochant d'être anticonstitutionnelles.

Au cours de la période de haute croissance économique, pendant la guerre froide, le cadre de la stratégie militaire de l'impérialisme japonais se limitait encore à la "défense de son territoire national", au sein de l'alliance sécuritaire américano-japonaise dirigée par la stratégie américaine, contre le "principal ennemi potentiel", c'est-à-dire l'Union soviétique. En d'autres termes, cela signifie toutefois que si l'impérialisme japonais définissait une stratégie mondiale, il ne le faisait certainement pas indépendamment ni de son propre chef. Sous le parapluie nucléaire américain, il avait pour but le "pacifisme dans un seul pays" et consacrait le plus clair de ses efforts à encourager un développement économique basé principalement sur le commerce extérieur: importations de ressources naturelles et exportation de produits finis, ce qui fut condamné plus tard par les EtatUnis comme étant "une entorse sur le plan de la sécurité".

En résumé, l'ambition de la bourgeoisie japonaise d'établir une stratégie mondiale qui lui fût propre fut contrecarrée par le statut avantageux et prépondérant des Etats-Unis d'une part; et par la Constitution ainsi que par l'émergence au sein des travailleurs et du peuple d'un mouvement pacifiste hostile à la guerre, d'autre part.

10. Au cours de la décennie qui a suivi la période de transition des années 1970, la stratégie impérialiste japonaise a changé du tout au tout sur le plan de la politique étrangère et de la sécurité. Au début des années 1980, le premier ministre de l'époque, Nakasone, avait déclaré que l'archipel japonais devait fonctionner comme un porte-avions insubmersible. Et ainsi, le rôle crucial des Forces japonaises d'Autodéfense dans le cadre du Traité de Sécurité américano-japonais passa de l'option "défense uniquement" à celle de "défense active" dans le cadre d'une "stratégie sécuritaire totale". Les tâches stratégiques des SDF japonaises furent organisées dans l'optique d'une mise à l'écart de l'Union soviétique via le blocus de trois détroits entourant le Japon et en assurant la défense des couloirs et voies maritimes. Et la limitation à 1% (du PNB) du budget de la défense fut abrogée. La toile de fond d'un tel changement radical dans la ligne politique de la défense japonaise fut le changement qui se produisit dans l'équilibre du pouvoir entre l'impérialisme américain et l'impérialisme japonais. Les mouvements pacifistes et hostiles à la guerre connurent un sérieux recul et le conservatisme acquit de l'ampleur même parmi les citoyens et travailleurs ordinaires. Le nationalisme chauvin en même temps que l'idéologie réactionnaire du système impérial firent l'objet d'une propagande des plus actives.

Depuis les "Accords Plaza" de 1985, les firmes japonaises ont relocalisé leurs bases de production situées à l'étranger, et en particulier dans d'autres pays d'Asie. La guerre froide se termina en 1989, et après la guerre du Golfe de 1991, les SDF japonaises dépêchèrent leurs effectifs à l'étranger pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1994, la Conférence de la Table Ronde sur la Défense, constituant un comité de conseillers pour le Premier ministre, sortit un rapport à propos d'une nouvelle ligne politique de défense à adopter par le Japon après la guerre froide, lequel rapport comprenait également un examen du Programme national de Défense lancé en 1976. L'ancien sous-secrétaire de l'Agence de la Défense et l'ancien président du Conseil adjoint à l'Etat-Major des SDF se chargèrent de la constitution de ce comité.

Le rapport dit que les Etats-Unis ont déjà perdu leur supériorité écrasante sur le plan du pouvoir national proprement dit. Et il recommande que le Japon, au cours de l'époque succédant à la guerre froide, devrait jouer le rôle de bâtisseur actif de l'ordre, abandonnant cette politique passive soucieuse uniquement de la défense du territoire. En ce qui concerne ce rôle de bâtisseur actif de l'ordre, le rapport insiste sur les trois points suivants: "Primo, la promotion d'arrangements de sécurité multilatéraux à la fois aux niveaux mondial et régional; secundo, la consolidation et le renforcement de l'alliance sécuritaire avec les Etats-Unis; tertio, le maintien d'une puissance de défense fiable et réelle reposant sur l'intensification des capacités de renseignements et de riposte rapide".

Les arrangements sécuritaires multilatéraux mentionnés dans ce même rapport concernent divers corps de sécurité, de même que les entretiens et lignes de conduite formulés via les Nations Unies et le Forum Régional de l'ASEAN (ARF). Il convient de faire remarquer que ce rapport de 1994 insiste devantage sur les arrangements multilatéraux en matière de sécurité que sur l'alliance avec les Etats-Unis, qui passe au second plan, afin de rendre plus efficace les mesures de sécurité multilatérale. En ce sens, ce rapport peut être considéré comme une manifestation du plan ambitieux du capital financier monopoliste japonais en vue de renforcer l'indépendance des SDF vis-à-vis des forces américaines.

11. Les Etats-Unis ont réagi immédiatement à la formulation de la nouvelle ligne de conduite japonaise en matière de sécurité. Dans les années 1990, de hauts fonctionnaires américains du Pentagone ont émis un tas de remarques et de mises en garde à propos de l'élaboration des structures militaires du Japon. En février 1990, le secrétaire américain à la Défense déclara que le budget japonais de la défense, qui se hissait quasiment au 3e rang mondial, était déjà trop élevé et que ce caractère quantitatif de l'élaboration de l'armée japonaise n'était nullement appropriée. On peut dire à coup sûr que l'un des intérêts stratégiques des Américains dans le Traité de Sécurité signé avec le Japon est de contenir l'expansion japonaise.

Les Etats-Unis ont exercé des pressions sur le Japon afin que ce dernier accepte la prétendue redéfinition de l'AMPO (Traité de Sécurité américano-japonais) et si le gouvernement japonais a revu son Programme national de Défense, il l'a fait principalement en fonction des exigences formulées par les Etats-Unis en novembre 1995. Prenant en considération d'une part l'opinion publique au Japon même et dans les nations asiatiques et d'autre part les capacités militaires actuelles des SDF, la classe dirigeante japonaise a finalement décidé d'accepter les exigences américaines en ce qui concerne la poursuite de ses propres visées impérialistes.

Le nouveau Programme national de Défense réaffirma l'importance du Traité de Sécurité avec les Etats-Unis en déclarant qu'il était indispensable si l'on voulait maintenir la sécurité au Japon. Il mentionne également la présence de puissances militaires régionales, y compris de potentialités nucléaires, autour du Japon et la tension continuelle régnant dans la péninsule coréenne. Il suggère et mentionne ouvertement que la Chine et la Corée du Nord sont les prétendus facteurs déstabilisants dans la région Asie-Pacifique.

Le nouveau Programme définit les trois tâches principales des SDF comme suit: la défense du Japon; la réponse aux désastres naturels et autres; la contribution à la création d'un environnement sécuritaire. La première est le rôle traditionnel des SDF contre une agression directe et indirecte contre le territoire japonais. La troisième signifie la participation aux opérations de l'ONU en faveur du maintien de la paix (les fameuses PKO ou Peace Keeping Operations), à d'autres opérations de secours international, à des entretiens concernant la sécurité et le contrôle des armements.

La seconde tâche, c'est-à-dire la réponse aux désastres naturels et autres, devrait être davantage développée. Les situations censées être traitées sont rangées plus loin en deux catégories. La première reprend les "urgences provoquées par des désastres naturels ou par le terrorisme et qui requièrent la protection des vies humaines et de la propriété." L'autre consiste en "situations pouvant se rencontrer dans des zones entourant le Japon et qui pourraient affecter la paix et la sécurité du Japon".

Le domaine des opérations définies dans la seconde tâche aussi bien que dans la troisième ne se limite pas au seul territoire japonais. Le rôle des SDF japonaises a été considérablement élargi aux activités d'outre-mer. En outre, la définition des "urgenses provoquées par des désastres naturels ou par le terrorisme" permet aux SDF de se rendre à l'étranger non seulement en temps de guerre mais également en temps de paix, et ceci tout en faisant partie intégrante de la stratégie des LIC (Low Intensity Conflits - Conflits de faible intensité) comme par exemple des opérations de sauvetage de nationaux japonais outre-mer ou encore de réfugiés, des opérations anti-"terroristes" et la défense d'aménagements importants. En réalité, elle définit le rôle contre-insurrectionnaire des SDF contre les mouvements révolutionnaires dans les pays asiatiques.

Après la guerre froide, la stratégie japonaise en matière de sécurité a progressivement accordé moins d'intérêt à la "défense du Japon contre une agression russe" pour se muer en intervention active dans des situations critiques régionales, y compris la péninsule coréenne et pour traiter de "situations dans des zones entourant le Japon et qui affectent la paix et la sécurité du Japon", ce qui suggère une menace de la part de la Chine.

En avril 1996, les Etats-Unis et le Japon ont émis une Déclaration commune en matière de Sécurité qui assurait le stationnement "en douceur" de troupes américaines au Japon ainsi qu'un examen critique des Directives de la Coopération à la Défense de 1978 entre les Etats-Unis et le Japon. Cet examen critique des Directives fut réalisé afin de permettre aux SDF de fournir des renforts aux forces américaines, même en dehors du territoire japonais, et il a débouché sur la signature des nouvelles Directives en septembre 1997.

12. En bref, en ce qui concerne ces nouvelles Directives, l'intention des capitalistes financiers monopolistes japonais est de consolider les potentialités des SDF et de manipuler l'opinion publique sur le déploiement outre-mer des SDF, principalement dans le cadre de la sécurité organisée en compagnie des Américains aussi bien que dans le cadre d'autres arrangements sécuritaires multilatéraux comme les PKO de l'ONU. Le but stratégique de l'impérialisme japonais est d'une part la mise en place d'un régime militaire (ce qui impliquera des amendements à la Constitution), et d'autre part l'établissement de son hégémonie régionale par le biais de corps de sécurité multilatéraux comme le Forum Régional de l'ASEAN.

C. LES NOUVELLES DIRECTIVES ET LA CONSOLIDATION DES SDF

13. La stratégie militaire américaine a été élaborée en vue du maintien d'une structure de guerre qui soit en mesure de pouvoir mettre sur pied des conflits simultanés à la fois dans le golfe Persique et dans la pénincule coréenne, et de pouvoir assurer une intervention militaire dans d'autres zones de la région Asie-Pacifique et ce, par souci de renforcer l'influence politique et militaire des Etats-Unis. Le but des nouvelles Directives pour la Coopération américano-japonaise à la défense est de pouvoir impliquer les SDF - dans le cadre de cette stratégie américaine - dans des opérations militaires menées conjointement avec les forces américaines à l'étranger en vue de protéger les "intérêts nationaux" du Japon dans la région Asie-Pacifique.

Les opérations militaires conjointes entre Etats-Unis et Japon destinées à répondre à des "situations se présentant dans des zones entourant le Japon et qui auront une influence importante sur la paix et la sécurité du Japon" sont décrites comme suit dans les nouvelles Directives:

1) Coopération dans des activités lancées par l'un des deux gouvernements:

- Activités de secours et mesures en vue de prendre en charge les réfugiés dans la "zone"

- Recherche et sauvetage des soldats avec recours aux avions et/ou aux navires

- Opérations d'évacuation de ses propres nationaux

- Activités en vue de sanctions économiques effectives, y compris l'inspection de navires, et reposant sur les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies

2) Le soutien par le Japon aux Activités des Forces armées américaines

- Usage d'installations: aéroports et ports civils aussi bien que les installations des SDF

- Soutien des zones situées à l'arrière: en se servant des autorités japonaises et en mettant à profit les possibilités présentées par les agences gouvernementales centrales et locales, aussi bien que les disponibilités offertes par le secteur privé, telles que fourniture de matériel et de POL aux appareils et vaisseaux américains, transport, réparations et maintenance, services médicaux, sécurité et communications; intervention en haute mer et dans l'espace aérien international autour du Japon aussi bien que sur le territoire japonais.

3) Coopération opérationnelle entre le Japon et les Etats-Unis

- Surveillance: partage des renseignements

- Dragage des mines: en territoire japonais et en haute mer autour du Japon

- Gestion de l'espace maritime et aérien

- Afin de mener à bien ces opérations militaires "bilatérales", les nouvelles Directives exigent de la part des deux gouvernements qu'ils mettent sur pied des corps de coordination: "un mécanisme complet" et un "mécanisme de coordination bilatérale".

Le mécanisme complet

Ce "mécanisme complet" sera composé des comités / organes suivants:

- Comité consultatif de Sécurité (SCC) composé de membres du cabinet en charge des affaires étrangères et de la défense (2+2) proposant des directions, validant le progrès du travail, et émettant des directives

- Sous-comité pour la Coopération à la Défense (SDC) composé de hauts fonctionnaires des deux gouvernements et armées pour assister le SCC

- Comité de Planning bilatéral (BPC) composé d'officiers supérieurs des SDF et des forces américaines

- Planning de Défense bilatérale (en cas d'attaque armée contre le Japon)

- Planning de Coopération mutuelle (pour des "situations dans des zones entourant le Japon")

- Etablissement de normes communes en vue des préparatifs (appelés LERTCON ou "alert condition", DEFCON ou condition de promptitude à assurer la défense, et EMERGENCY ou urgence)

- Etablissement de procédures communes (appelées ROE - rules of engagement, ou règles d'engagement, c'est-à-dire réglementations concernant les actions militaires), d'une Conférence de Coordination des ministres chargés de ces questions au sein du gouvernement japonais

- préparation des Lois japonaises correspondant aux Directives

Mécanisme de coordination bilatérale

Ce "mécanisme de coordination bilatérale" comprendra un "centre de coordination bilatérale avec l'informatisation hardware et software indispensable", ce qui signifie l'installation dans des "circonstances normales" de quartiers généraux unifiés en vue d'actions militaires conjointes par les SDF et les forces américaines.

14. Même avant la signature des nouvelles Directives, les SDF avaient préparé leurs activités militaires à l'étranger.

Il s'agissait d'un interdit imposé, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, par l'état d'esprit d'hostilité à la guerre et par la Constitution, à la classe dominante japonaise de déployer des troupes SDF en dehors du Japon. Toutefois, elle fut en mesure de violer cet interdit pour la première fois en dépêchant des dragueurs de mines dans le Golfe en 1991. L'année suivante, la Loi concernant la Coopération avec les opérations de maintien de la paix (PKO) de l'ONU fut promulgée et la Loi concernant l'Equipe de Secours International d'Urgence fut revisée afin de pouvoir incorporer les SDF dans cette équipe. Et des contingents SDF se succédèrent à l'étranger, d'abord au Cambodge en 1992, ensuite au Mozambique en 1993, au Rwanda en 1994 et sur les Hauteurs du Golan en 1996. En juillet 1997, trois transports aériens par des C-130H (Hercules) furent dépêchés en Thaïlande sous le prétexte de secourir des ressortissants japonais au Cambodge. Cette opération fut "décidée et ordonnée en tant que volonté claire de l'Etat de secourir des Japonais à l'étranger et ce, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale". Au point culminant de la lutte du peuple de l'Indonésie contre la dictature de Suharto en mai 1998, six C-130H et deux navires d'inspection avec à bord des hélicoptères de l'Agence de Sécurité Maritime furent envoyés à Singapour sous le même prétexte.

Les SDF ont également effectué à plusieurs reprises des exercices de manoeuvres sur terrain en utilisant les ROE. Les ROE des SDF ont été introduites pour la première fois à l'occasion des exercices unifiés rassemblant Japonais et Américains et regroupant trois services, dans une opération nommée "Keen Edge 94" (Fil tranchant 94) en janvier 1994. En juillet 1998, les SDF maritimes mirent les ROE en application afin d'intervenir dans des "situations régnant dans des zones entourant le Japon", telles qu'une opération de blocus en mer, l'inspection de navires et le sauvetage de civils, sous le commandement de l'US Navy lors de l'Exercice RimPac 98 effectué par six nations autour de Hawaii.

Sur le plan organisationnel, les SDF ont été renforcées en vue de la préparation d'actions conjointes avec les Forces américaines: unification de trois services, renforcement du pouvoir du président du Conseil commun d'Etat-Major en 1998, établissement d'un Commandement central des Renseignements en 1997, et nouvelle formation du Commandement de Contrôle logistique en 1998.

D. LA LUTTE DU PROLETARIAT JAPONAIS

- Combinaison de la Lutte pour le Renversement de l'Impérialisme japonais et pour l'Internationalisme Prolétarien

15. La discussion sur les projets de lois se rapportant aux nouvelles Directives a débuté à la Diète japonaise et a pour but de donner forme à l'accord du Japon.

Un autre aspect important des nouvelles Directives est qu'elles confèrent à la classe dominante japonaise la possibilité de modifier le cadre politique domestique de l'après-Seconde Guerre mondiale et de constituer une nouvelle structure de guerre. La Constitution est le symbole du cadre politique de l'époque d'après-guerre. Le gouvernement japonais a expliqué la "légalité" des SDF sous la Constitution en utilisant une notion de "droit à l'autodéfense individuelle"; il ne s'agit pas de remettre en cause le droit du Japon à l'autodéfense collective en tant que nation souveraine. Toutefois, la Constitution n'autorise qu'un droit d'autodéfense individuelle; l'exercice du droit à l'autodéfense collective, quant à lui, est bel et bien anticonstitutionnel. Cette façon de voir du gouvernement japonais est démagogique parce qu'il avait également donné son accord avec les anciennes Directives qui définissaient des actions conjointes de Forces japonaises et américaines contre l'agression militaire contre le Japon, et qui devait être un exercice du droit à l'autodéfense collective. Cependant, les nouvelles Directives définissant les actions militaires conjointes en dehors du Japon dans des "situations se produisant dans des zones entourant le Japon" ne peuvent s'expliquer par le droit à l'autodéfense individuelle. La classe dirigeante japonaise n'a pas d'autre choix que d'insister pour exercer le droit à l'autodéfense collective et pour obtenir en fin de compte un amendement de la Constitution et elle a par ailleurs déjà diffusé le texte de cet amendement en utilisant les principaux mass media commerciaux.

Les projets de lois relatifs aux nouvelles Directives permettraient au gouvernement japonais de mobiliser "les autorités et les installations des agences gouvernementales centrales et locales, de même que les installations des secteurs privés". C'est un pas vers un nouveau cadre politique de construction d'une structure de guerre, y compris l'introduction d'un système de service militaire ou d'incorporation.

Les gouvernements japonais et américain ont insisté sur la "suspicion d'existence d'équipements nucléaires" et sur les critiques suscitées par le développement de missiles de la Corée du Nord afin de manipuler l'opinion publique. A l'occasion du lancement d'un satellite artificiel par la Corée du Nord en août 1998, seul le gouvernement japonais insista sur le fait qu'il s'agissait d'un missile militaire, et les deux gouvernements firent tout un battage autour de la nécessité de concrétiser le plus rapidement possible les projets de lois relatifs aux nouvelles Directives et à la recherche conjointe par les Etats-Unis et la Japon d'un Plan de Défense Général contre les Missiles. En janvier de cette année, le secrétaire américain à la Défense, Cohen, s'est rendu au Japon et s'est mis d'accord avec le gouvernement japonais pour que le Japon et les Etats-Unis, en compagnie avec la Corée du Sud, conjuguent leurs efforts pour prendre des mesures sécuritaires contre d'éventuelles expériences balistiques de la Corée du Nord. Les Etats-Unis ont également exercé des pressions contre la Corée du Nord afin que celle-ci accepte une inspection inconditionnelle de ses "équipements nucléaires", et ce, bien que le gouvernement de la Corée du Nord ait formellement nié leur existence.

Toutefois, le gouvernement japonais ne pense pas qu'il y ait la moindre possibilité réelle d'agression par la Corée du Nord. Le journal Asahi Shinbun, l'un des quatre principaux journaux commerciaux du Japon, a rapporté une remarque formulée par un haut fonctionnaire japonais qui s'était engagé dans les négociations à propos des nouvelles Directives: "Nous ne pensons pas qu'il y aurait des mouvements militaires vers le Sud de la part de la Corée du Nord. La principale raison de faire allusion à l'urgence en Corée n'est pas qu'il y a possibilité, mais que les réponses à la situation pourraient faire partie et constituer la base de la Coopération américano-japonaise à la Défense qui en contiendrait tous les aspects nécessaires."

Cependant, il est toujours hautement probable que les Etats-Unis puissent se livrer à une attaque contre la Corée du Nord ne serait qu'en prétextant le "refus des inspections", si l'on s'en réfère à ce qu'ils ont fait en Irak. Et le gouvernement japonais se hâte à faire passer les lois relatives aux nouvelles Directives afin de jouer le rôle de partenaire dans l'invasion contre la Corée du Nord.

16. Nous considérons les tâches suivantes comme les plus importantes pour les prolétaires japonais progressistes:

Primo, consacrer le maximum d'énergie à provoquer une levée de boucliers du peuple et des travailleurs contre les projets de lois relatifs aux nouvelles Directives et à empêcher l'invasion militaire de la Corée du Nord par l'impérialisme américain et japonais.

Même si on a assisté au Japon à un sérieux recul des mouvements pacifistes et d'opposition à la guerre, nous pouvons observer des réactions et mouvements spontanés des gens et travailleurs ordinaires japonais contre la poursuite des préparatifs de déploiement de troupes SDF dans le cadre d'une agression américaine contre la Corée du Nord, contre la mobilisation d'installations civiles et de gouvernements locaux, et contre l'amendement de la Constitution. Il est plus que nécessaire de développer une combinaison de ces deux mouvements spontanés: ces problèmes politiques d'une part et d'autre part les exigences économiques et les luttes des travailleurs dans le cadre de l'actuelle récession à long terme que nous traversons.

Secundo, élargir au plus haut degré cette prise de position des travailleurs et du peuple pour une lutte basée sur l'anti-impérialisme japonais et l'internationalisme prolétarien.

Le Parti Communiste du Japon n'a cessé de dire qu'il était opposé à ce que les Japonais dépendent des Américains et à ce que les Japonais soient contraints de s'investir dans une guerre menée par les Etats-Unis. Mais cette position politique est définitivement incorrecte. Comme on l'a vu dans les nouvelles Directives, l'impérialisme japonais et son armement, qui est les 3e du monde, sont en train de se muer en ennemis directs des luttes révolutionnaires des peuples asiatiques. La tâche du prolétariat japonais doit être de combattre et de renverser l'impérialisme japonais dans une solidarité avec la lutte des peuples asiatiques. Les travailleurs progressistes japonais devraient combattre avec détermination l'attaque nationale chauvine du Japon contre le peuple coréen, attaque qui se rattache à la propagande du gouvernement japonais contre la Corée du Nord.

Tertio, promouvoir la lutte conjointe internationale des travailleurs et des peuples de chaque pays asiatique et de toute la zone, contre l'impérialisme japonais et américain.

Depuis 1992, nous avons concentré nos efforts sur le développement d'une lutte conjointe internationale des peuples asiatiques contre l'impérialisme. Nous avons soutenu des actions communes menées par des organisations anti-impérialistes de masse du Japon, des Philippines, de Taïwan, d'Indonésie, du Népal et de la Corée du Sud, de même que nous avons soutenu leur comité de coordination. Nous avons été à la tête de la lutte des gens d'Okinawa contre la plus importante base américaine en Extrême-Orient et avons développé une solidarité internationale entre les luttes des Coréens du Sud et des habitants d'Okinawa contre les bases américaines.

Nous aimerions exprimer notre résolution inébranlable à continuer de contribuer au développement d'une lutte commune internationale des peuples asiatiques contre l'impérialisme. Et nous lançons un appel à tous les camarades du monde entier, et en particulier aux camarades de la région Asie-Pacifique. Organisez un mouvement contre les nouvelles Directives dans vos pays / zones respectifs. Soyez vigilants en ce qui concerne l'agression militaire par l'impérialisme japonais aussi bien que par l'impérialisme américain. Aidez-nous à développer une lutte commune internationale contre l'impérialisme!

4 mars 1999

Contribution au 8ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 2-4 mai 1999

Thème: L’impérialisme, c’est la guerre

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