Contribution au 8ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 2-4 mai 1999

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Barrer la voie aux agressions impérialistes

Conceição Cassano, Movimento Revolucionário 8 de Outubro, Mouvement Révolutionnaire du 8 Octobre, Brésil

Le sujet de ce séminaire — ‘L’impérialisme c’est la guerre’ — révèle par soi-même toute sa pertinence et son actualité face à l’agression militaire que la Yougoslavie subit en ce moment. Il suffit de se rappeler l’invasion du Panama (1989), l’agression militaire contre l’Irak (1991) et les bombardements successifs de la capitale du Soudan (1998). Sous les prétextes les plus divers, ces pays ont été la cible de la nature agressive et dégénérée de l’impérialisme nord-américain. Outre ces épisodes, citons encore les bombardements en Libye (1986) et l’invasion en Grenade (1983). A ces actes d’agression militaire directe, il faut ajouter le caractère belliqueux de la politique nord-américaine vis-à-vis de Cuba et de la Corée du Nord, les Etats-Unis maintenant un arsenal conventionnel et nucléaire prêt à agresser ces pays. Tout aussi belliqueuses sont les forces militaires, nucléaires et conventionnelles, que les Etats-Unis maintiennent aussi bien en Europe qu’au Japon et qui servent à leurs aventures agressives, comme celles qui ont lieu en Yougoslavie, en Irak et en Libye. Les forces militaires des pays impérialistes européens, comparses des Etats-Unis, deviennent des forces d’occupation pour réaliser les prétentions des forces impérialistes de ces régions ainsi que pour intimider la lutte révolutionnaire des peuples européens et asiatiques.

L’impérialisme recourt à la guerre et à l’agression militaire pour obtenir un sursis face à la crise politique, économique et morale dans laquelle il est noyé. La concentration de pouvoir économique entre les mains de quelques monopoles géants, qui s’est intensifiée ces dernières années avec les nombreuses fusions et absorptions, et la prédominance de la spéculation financière au lieu de l’activité productive, montrent l’impossibilité du système capitaliste d’offrir des perspectives aux peuples du monde, que ce soit dans les pays centraux ou dans les pays dépendants. Aujourd’hui plus que jamais, l’impérialisme est non seulement un obstacle au développement des forces productives mondiales, du progrès matériel et spirituel de l’humanité, mais il est surtout un système rongé de destruction et de mort. Un système barbare où, d’un côté des dizaines de milliards de dollars transitent dans la spéculation financière, échappant à la production, ce qui augmente la stagnation économique mondiale à des niveaux jamais atteints et, d’un autre côté, plonge des milliards de travailleurs — hommes et femmes — dans le chômage, la famine et la misère, sans revenu, sans toit, sans les moyens d’offrir un avenir digne à leurs enfants.

Cette crise terminale du système capitaliste pose une question plus brûlante que jamais: celle de la révolution socialiste mondiale, comme étant la façon de surmonter les relations de production actuelles — dégradées et conflictuelles — par d’autres, supérieures, solidaires, où les masses possèdent les moyens de production et ouvrent la voie à une nouvelle étape, plus intégrée, du développement humain.

En fait, cette nouvelle phase du développement humain a été inaugurée avec la grande révolution d’Octobre 1917, qui a eu lieu au moment où le capitalisme commençait sa période impérialiste. Au fond de la crise structurelle, dans laquelle la prédominance des monopoles et du capital financier l’a noyé et dans laquelle il est enterré à jamais — l’impérialisme a conduit la société humaine a deux conflits mondiaux, sanglants et génocidaires. Cette dégénérescence du capitalisme a rendu inévitable le progrès de la révolution mondiale. La première expérience socialiste de l’histoire de l’humanité a porté ses fruits, s’est enracinée profondément et a ouvert la voie à un progrès humain formidable, inconnu jusqu’à présent. A leur tour, les révolutions de libération nationale dans les pays dépendants — partie intégrante de la révolution socialiste mondiale, ainsi que signalait le cher camarade Staline — ont fait apparaître de nouveaux Etats nationaux, qui ont cherché et qui cherchent encore un chemin indépendant de progrès économique, pour rompre avec la domination impérialiste et structurer les bases de la construction socialiste.

Le recul temporaire que connaît l’Union Soviétique et une partie du camp socialiste, dû à l’adhésion progressive aux thèses contre-révolutionnaires à partir des années 50, a créé l’illusion, dans les cercles impérialistes, qu’il était possible de détruire toutes les conquêtes politiques, économiques et sociales acquises au long du siècle, d’assujettir à nouveau les peuples et les nations et de les remettre sous la domination des milieux financiers et de leurs monopoles décrépits, d’extorquer leurs richesses, de contrôler leurs marchés et asphyxier leur aspirations au progrès social.

Quoique ces milieux, avec l’aide de leurs alliés internes, aient imposé des recul à la classe ouvrière, au peuple et à leurs nations, il faut admirer la capacité de résistance du prolétariat mondial qui refuse ce diktat et qui doit, de ce fait, faire face à des interventions militaires barbares et lâches, pour lesquelles les agresseurs mobilisent une quantité de ressources militaires terriblement supérieur. C’est ainsi que nous comprenons l’héroïque résistance de l’Irak, de la Libye et de la Yougoslavie, ainsi que de la Somalie, la Grenade et Panama. Tout aussi extraordinaire est la résistance de Cuba, de la Corée du Nord, du Vietnam, du Laos, du Cambodge qui, dans des conditions extrêmement adverses, font avancer leurs révolutions.

Si l’on ajoute à ce recensement la République Populaire de Chine qui, sous la direction du Parti Communiste, étonne le monde avec son développement économique et social extraordinaire, ainsi que les forces du prolétariat révolutionnaire et d’autres secteurs progressistes sur le continent africain, en Europe, dans toute l’Asie, dans les Amériques et aux Caraïbes, on constate que les effectifs et les réserves de la révolution mondiale sont énormes.

En tentant d’étouffer les révolutions émergentes et d’assujettir les peuples et les nations qui ne sont pas du même avis, sous les prétextes les plus divers, l’impérialisme a appliqué sa stratégie d’agression militaire de deux manières : en déplaçant des forces en quantité et équipements toujours supérieurs au pays agressé et en recourant de manière exhaustive de bombardements aériens. La première option réalise ce qu’on appelle l’"effet de démonstration", c’est-à-dire tenter de remporter la victoire sans faire tirer les canons. La deuxième option porte atteinte au pays visé, fait des victimes (bien que l’impérialisme ne l’avoue pas). Il faut toutefois souligner que, pendant la guerre du Golfe, quand il a mis le pied à terre et a lancé son offensive avec les blindés, l’impérialisme américain a revu son but d’avancer vers Bagdad dès les premiers signes que la bataille de Basra lui serait adverse. Tout de suite, il a demandé un cessez-le-feu et s’est retiré du territoire irakien. Depuis ce moment-là, il n’est plus disposé à s’engager dans batailles terrestres. Cela est dû — comme on le sait — aux contraintes politiques de son action militaire : les peuples des pays impérialistes ne sont pas disposés à donner le sang d’un seul fils pour les guerres hystériques du capital financier pourri.

Tandis qu’il poursuit les investissements dans le secteur de guerre, avec des moyens terrestres, aériens et maritimes les plus modernes, tandis qu’il maintient sa politique d’agression et d’hostilité envers les pays ayant des révolutions en cours, l’impérialisme nord-américain utilise en Amérique latine une campagne dont l’objectif est d’éliminer les forces nationales de défense du territoire. Sous le prétexte de combattre le trafic de drogues, l’Amérique du Nord tente d’engager de plus en plus les forces armées nationales dans la lutte contre les trafiquants. Celles-ci ne seraient plus concernées de la défense du territoire et exerceraient le rôle de police. Comment comprendre cette campagne et comment s’insère-t-elle dans la stratégie militaire nord-américaine?

La tentative d’engager les forces armées d’Amérique latine dans d’autres missions que celles de la défense du territoire et de la souveraineté nationale a pour but de neutraliser le sentiment patriotique existant parmi les militaires, face à la difficulté croissante de masquer le caractère antinational et destructif de la politique et des intérêts nord-américains dans la région. L’exemple le plus significatif du sentiment patriotique se situe au Venezuela, tant pendant les rebellions militaire de 1992 que dans la récente victoire du colonel Hugo Chávez à la présidence du pays.

Cependant, ce sentiment a été présent dans les corporations, beaucoup d’entre elles se sont constituées comme héritières des armées de libération de la domination coloniale ou inspirées par les sentiments des luttes d’indépendance des peuples.

Au Brésil, depuis le début du siècle, les secteurs patriotiques ont exercé un rôle fondamental dans les forces armées. Dans les années 20, ils étaient à la tête des principales révoltes militaires contre l’oligarchie soumise à l’impérialisme anglais et ont été le support principal de la révolution du 3 octobre 1930, menée par Getúlio Vargas, révolution à travers laquelle le pays a rompu avec son héritage colonial agro-exportateur, s’est industrialisé, a construit un fort secteur d’économie étatisée — frein important à l’action des monopoles étrangers—, a nationalisé les secteurs stratégiques (sidérurgie, pétrole, électricité et industrie de base) et a promu un grand développement de son infrastructure (ports, routes et chemins de fer). Tous les droits des travailleurs et la sécurité sociale conquis par les travailleurs brésiliens ont été institués par la révolution de 1930, qui a encouragé et renforcé la participation politique des masses.

Après la Seconde Guerre mondiale et surtout pendant les années 50, l’impérialisme nord-américain a tenté d’augmenter sa domination sur l’Amérique latine et de permettre l’exploitation incontrôlable des richesses naturelles, des matières premières et de la main-d’œuvre abondante et bon marché dans toute la région par les monopoles décadents. Il est certain que cette intervention s’est heurtée aux sentiments patriotiques et aux souhaits d’indépendance de l’Amérique latine et des Caraïbes. Pour les combattre, pour neutraliser les forces armées et les occuper dans la répression des luttes de libération nationale, l’impérialisme a agité l’épouvantail de l’anticommunisme, qui a provoqué les coups militaires successifs survenus dans la région pendant les années 60 et 70. Selon le Général Andrada Serpa, ex-chef de l’Etat-major de l’Armée brésilienne, cet engagement des forces armées dans la répression des luttes populaires a servi ´à tenir la vache pendant qu’ils prenaient le laitª. En d’autres termes, cela a servi à renforcer la domination des monopoles impérialistes sur le pays et à sucer ses richesses.

Dès les années 80, quand s’est intensifiée l’exploitation de l’Amérique latine par les politiques néo-libérales, sous lesquelles nous vivons encore, il est devenu plus difficile pour l’impérialisme nord-américain de cacher sa réelle nature pourrie, sa forte menace à l’intégrité et à la souveraineté des nations. Quelques événements ont toutefois contribué à la rendre plus évidente.

Etant donné les accords Carter-Torrijos qui règlent la fermeture des bases nord-américaines dans le Canal du Panama le 31 décembre de cette année, l’impérialisme nord-américain cherche à intensifier la création d’un système de bases d’appui dans le continent latino-américain. Sous prétexte de seconder les armées latino-américaines dans leur combat contre les guérillas, ou sous prétexte de ‘lutte’ contre le trafic de drogues, les militaires nord-américains ont intensifié leur présence dans le centre de la région amazonienne, surtout en Bolivie, au Pérou, en Colombie, au Venezuela et en Guyane où ils sont en train d’établir des bases aériennes, des champs de radar et des points d’appui. L’intérêt des cercles impérialistes pour la région amazonienne, dont la principale partie se trouve sur le territoire brésilien, s’est manifesté d’une manière remarquable lors de la conférence Eco-92 : les principaux chefs d’Etats des pays impérialistes y ont défendu ouvertement sa transformation en ‘patrimoine de l’humanité’ sous la tutelle d’un organisme international qui priverait le Brésil de la souveraineté sur les trois quarts de son territoire national.

Par ailleurs, depuis les années 80, l’impérialisme nord-américain a instauré de grands obstacles à l’armement des forces armées brésiliennes avec des technologies avancées. Encore sous le régime militaire, les pressions visant à empêcher l’accès du Brésil à la technologie de propulsion nucléaire pour les sous-marins de la Marine, ainsi qu’à la technologie de missiles pour le programme spatial brésilien développé par la Force Aérienne, étaient de notoriété publique. Ces pressions ont pris la forme de déclarations formelles, de campagnes à travers la presse ainsi que d’actes de sabotage. Ni l’adhésion — promue par le gouvernement fantoche de Fernando Henrique Cardoso, sous la pression directe du Département d’Etat nord-américain — au Traité de non-prolifération des Armes Nucléaires (TNP), ni l’adhésion au Régime de Contrôle de Technologie de Missiles (MTCR) n’ont éliminé les restrictions que l’impérialisme nord-américain imposent à l’accès des forces armées brésiliennes à des technologies de guerre plus avancées.

En outre, tout le monde s’aperçoit qu’en accord avec la politique de l’impérialisme nord-américain de briser les Etats nationaux et d’ouvrir ces pays à ses monopoles, l’actuel gouvernement brésilien suit une politique de désorganisation des forces armées, notamment par une réduction du budget. Ce faisant, il réduit la capacité opérationnelle — surtout en ce qui concerne les programmes d’actualisation des équipements et des armes avec la technologie nationale; il limite l’usage des équipements à cause du manque de combustible et de pièces de rechange; il réduit les salaires des officiers et des troupes et rationne la gamelle des soldats. En raison de tout cela au Brésil, la tentative de l’impérialisme nord-américain d’insérer les forces armées dans des ‘nouveaux rôles’ est reçue avec beaucoup de réserves — a fortiori dans les milieux militaires.

En somme, la stratégie militaire de l’impérialisme emprunte donc deux voies. D’un côté, il intensifie sa présence militaire dans le monde, avec le renforcement et la modernisation de ses équipements nucléaires et conventionnels, aussi bien à l’intérieur des Etats-Unis que dans les régions où il dispose de bases d’appui — il cherche même à s’établir dans de nouvelles régions comme, par exemple, dans le continent latino-américain. D’un autre côté, il cherche à affaiblir les Etats nationaux par la destruction de leurs forces armées en s’opposant aux gouvernements nationaux qui revendiquent leur souveraineté et défendent le progrès pour leurs peuples, ou par la neutralisation de ces forces, dans les pays où il compte sur l’appui de gouvernements soumis dont la politique est d’affaiblir les instruments de défense de la souveraineté nationale pour rendre ainsi possible la soumission du pays aux intérêts impérialistes.

En ce qui concerne l’Amérique latine, la politique de destruction des forces armées et leur transformation en forces de police a pour but d’empêcher le développement de sentiments nationalistes et patriotiques et d’empêcher qu’elles se joignent aux forces nationales et populaires contre les politiques de soumission à l’impérialisme qui prédominent dans la région.

Récemment, l’élection du colonel Hugo Chávez à la présidence du Venezuela a montré que ce processus est déjà en cours. Chávez a dirigé deux rébellions militaires, au cours desquelles de jeunes officiers vénézuéliens ont tenté de renverser le gouvernement pour s’opposer au recours aux forces armées, bourreaux du peuple. Les raisons étaient fondées, la plus flagrante étant la répression menée par le brutal Carlos Andrés Pérez, à l’époque président du pays, pendant le Caracazo de 1989, qui s’est soldée par des milliers de morts. Après avoir purgé sa peine de prison, Chávez a décidé de diriger un mouvement qui mettrait fin aux désordres existants et qui pourrait conquérir par des moyens politiques, fondés sur une grande mobilisation populaire, ce que la révolution militaire n’avait pas pu conquérir. Chávez n’a pas seulement conquis la présidence de la république. Avec le peuple et à travers une grande mobilisation populaire, il est en train de mettre en marche une révolution dans ce pays.

Si la crise de l’économie mondiale capitaliste et la prédominance du parasitisme le plus dégénéré des cercles financiers internationaux mettent à l’ordre du jour la révolution socialiste dans les pays impérialistes, elles font aussi émerger, dans les pays dépendants, les révolutions de libération nationale. Les politiques néo-libérales imposées par les cercles impérialistes aux pays dépendants ont élevé à un niveau inconnu jusque là le processus de spoliation de ces nations. Elles étouffent le développement économique national, détruisent les industries, dévastent l’agriculture, jettent au chômage des millions de travailleurs, volent les entreprises de l’Etat, dénationalisent l’économie et, comme si cela ne suffisait pas, sucent, à travers la spéculation financière et le jeu des dettes publiques, interne et externe, des ressources fabuleuses, indispensables pour promouvoir le progrès et le bien-être du peuple.

La contradiction impérialisme / nation se manifeste aujourd’hui comme jamais auparavant dans nos pays. Au Brésil, l’extorsion des ressources qui sont exportées hors du pays ressemble aux conditions imposées en Allemagne par la paix de Versailles. Renforcer le rôle des forces populaires au centre des révolutions nationales et démocratiques en cours est la tâche prioritaire des communistes et des révolutionnaires.

Enfin, l’impérialisme et ses disciples ont voulu faire croire à l’humanité que l’extinction de l’Union soviétique finirait avec la Guerre froide et qu’un nouveau monde de paix et de prospérité s’ouvrirait désormais pour tous. Cette farce a été démasquée en très peu de temps. A l’époque où le pays des Soviets a faibli, notre périodique Hora do Povo a titré: ´La guerre froide est terminée et la guerre chaude a commencé.ª En réalité, l’existence de l’Union soviétique était en soi une entrave formidable pour l’impérialisme, une entrave à ce qu’il montre toute sa nature belliqueuse et destructive. Seule la révolution socialiste pourra mettre fin à la nature belliqueuse, agressive et inhumaine de l’impérialisme. Seule une profonde conscience collective pourra garantir une nouvelle voie de paix et de prospérité pour tous les peuples du monde.

Mai 1999

Contribution au 8ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 2-4 mai 1999

Thème: L’impérialisme, c’est la guerre