Contribution au 8ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 2-4 mai 1999
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Pour la paix en Colombie, le bien-être du peuple
et le dialogue avec une large participation populaire
Parti Communiste de Colombie (marxiste - léniniste)
-
Armée Populaire de Liberation (EPL)
Aborder la question de la paix dans n’importe quel lieu du monde d'aujourd'hui, c'est une tâche très complexe. Le cas de la Colombie n'est pas l'exception, tant pour la durée d'une situation de violence officielle et para-officielle généralisée et la réponse populaire donnée, que dans la mesure où continuent à apparaître et grandir des facteurs déclencheurs de types divers : comme la profondeur qu’a acquis ce processus vieux déjà de deux siècles, et qui a connu ces 50 dernières années un rythme rapide de détérioration.
Le long et, dans certaines occasions, ardent débat sur les causes de la violence en Colombie, a apporté à l’histoire politique et social national une quantité énorme de textes : Essais, histoires, romans, poésie, récits, fables, etc. Dans ces textes apparaissent les deux grandes tendances de la pensée universelle. Les mêmes qui, dans leur essence, éclairent les études et analyses dans les autres champs de la réalité du pays :
- La première tendance, qui reste tendance est celle qui sur des faits et phénomènes, déconnecte les processus, les faits et phénomènes entre eux. Les causes de la violence d'une période seraient ainsi nécessairement différentes des autres périodes, sans aucun rapport entre elles ou un rapport simplement mécanique, en leur attribuant peu de signification. Cette attitude ne conduit pas à comprendre que tous ces expressions de violences sont un processus continuel d'accumulation qui imprègne l’ensemble de la société et qui lui ont donné un profil concret dans son développement historique.
- La seconde tendance, qu’enfonce le scalpel de l'analyse jusqu'à arriver aux racines des phénomènes économiques, politiques, sociaux, idéologiques, culturels, militaires, placé dans les contextes historiques national et international, souligne la concaténation qu’ont dans le devenir historique national les intérêts et particulièrement les facteurs économiques, mais aussi politiques, idéologiques, sociaux, militaires, etc. des différentes classes sociales, et en particulier les premiers : les facteurs économiques.
C'est évident : si l’on fragmente l'histoire, c’est un attentat entrepris contre l’intégralité de l'univers de l'héritage national colombien, qui avec sa richesse a construit sa personnalité, ses caractéristiques comme nation, et a modelé les classes sociales qui le constituent. Sans une telle vision dynamique, dialectique, de la vie dans laquelle agissent les forces de classe qui se sont forgées dans le développement de la structure du mouvement de la société. Sans une conception dialectique - matérialiste, il est très possible de se perdre dans cette immense mer d'événements historiques, et de ne pas être capable de connaître les causes profondes et le cours du développement social.
C'est alors le jeu d'identités et de lutte des intérêts de classe, le contenu et la forme qu'acquièrent ces luttes, qui se sont constitués dans le moteur du développement social. L'histoire des sociétés de classes antagonistes est l'histoire de la lutte entre les classes. L'histoire de la Colombie non seulement n’échappe pas à cette loi du développement social, mais quelle s’accomplit presque avec pathétisme.
La lutte de classes, moteur du développement
La lutte de classes est livrée dans tous les terrains de la vie de la société: l’économique, le politique, le social, le culturel, l’idéologique, le militaire, etc. et dans chacun d'eux, elle a sa forme particulière d’expression.
La lutte économique a opposé les classes en raison des grands déséquilibres, dans l'appropriation, la distribution et le profit des biens matériels produits par la collectivité ou offerts par la nature, jusqu'à arriver à la situation d'aujourd'hui dans laquelle de grandes légions de malheureux meurent de faim, et à inventer l’indignante dénomination de la pauvreté absolue qui signifie que l’on possède beaucoup moins de ce qui est indispensable pour survivre.
Il n’y a pas de volontarisme en cela. C'est la conformation irrévocable de la structure économique de la société, héritière des déséquilibres de celle qui l'a précédé. La société capitaliste arriéré, dépendante de l'impérialisme américain qu’est aujourd'hui la Colombienne, développe et affirme les nouveaux facteurs qui donnent l'identité de la classe bourgeoise, seule usufruitière des nouveaux privilèges surgis du nouveau type d'exploitation de l'homme par l'homme, l'esclavage salarié.
La lutte de classes est aussi menée dans le champ politique. L’on lutte pour les droits du citoyen, pour une vie digne, vivre assurément, bref, pour tous les Droits de l’Homme. Car le problème essentiel en Colombie est que ces droits sont méconnus.
La Communauté Internationale est l’irremplaçable témoin des aberrations brutales de la "démocratie colombienne". Et ceci est un fait décisif dans la mesure où la confrontation politique, d'idées et de programmes de changement a été substitué par la violence politique de l'État, impossible à nier. La violence officielle dans tous les champs a été la réponse armée du peuple, à qui l’on n’a laissé aucune alternative dans la lutte pour ses droits.
Les luttes citoyennes - même livrées dans les termes de la Constitution et les Lois - sont criminalisées. Il est devenu un délit d’oser penser et agir différemment. Un délit que l’on paie avec la vie ou la prison. Ceci est peut-être une surprise pour quelques-uns – aussi est-il nécessaire de le dire sans ambages: l'époque du maccartisme est toujours à l’ordre du jour en Colombie. Le régime démocratique a été dénaturé gravement, jusqu'à devenir une dictature civile militarisée : l’Etat de Droit a ouvert le chemin à un Etat Terroriste. Le peuple n’a pas d’autre alternative. C’est de cette façon qu’a surgit la guerre des guérillas principalement rurales, d’abord avec la lutte de résistance pendant la cruelle nuit de la décennies des années40-50, et postérieurement comme guerre guérillas pour le pouvoir politique.
La guerre dans l'histoire de la Colombie
Mais, cette guerre a ses antécédents dans celle de la lutte pour l'indépendance. Ici, nous voulons demander au lecteur de nous permettre de citer les paroles de l'écrivain colombien, le professeur Arturo Alape, dans son œuvre La Paix, la Violence : témoins d’exception où il dit: "Il est nécessaire de se souvenir qu’ils ne s’étaient pas passés beaucoup de jours après le cri d'indépendance en 1810, lorsque les notables créoles se lancèrent dans une longue guerre civile pour occuper le pouvoir qu'ils croyaient le leur définitivement; guerre qui a pris le déguisement des arguments sophistiqués, de fédéralistes contre centralistes ou des épithètes de "pateadores" et "carracos" avec lesquels l’on a toujours essayé de diffamer l'ennemi et qui culminait dans les échafauds espagnols de l'année 1816, conséquence évidente de la myopie des maîtres de la première république. Un peu plus tard, au retour des armées colombiennes du Pérou et de la Bolivie en 1826 (...) le conflit explose pour ne plus s’éteindre pendant le siècle entier. Dans l'année 1828 Obando et López se levaient dans le Cauca, en 29 le faisait Córdoba en Antioquia, dans l’année 30 après plusieurs révoltes, les oligarchies équatorienne et vénézuélienne dissolvaient la Gran Colombia, après avoir assassiner Sucre et fomenter un coup d’état, suivi par une guerre civile en Colombie." (Le meurtre du Maréchal Sucre, est un sujet très controversé; nous ne nous engageons pas avec l’opinion du professeur Alape).
Aux guerres entre les factions ci-avant décrites, que l’on pourrait nommer guerres systématiques, il est nécessaire de rajouter un autre type d'actions violentes (et la dimension pitoyable de celles-ci), apparemment sans liens entre elles, mais que produisaient les mêmes causes de fond comme : l'attaque criminelle au Libertador Simón Bolívar dans une nuit de septembre de l828 ; le traître assassinat de Sucre ; le meurtre du chef libéral Rafael Uribe dans le perrons du Capitole National en 1914 ; le massacre de milliers d'ouvriers de la banane. Ce type de guerre inaugurait de cette façon la méthode de résolution des conflits sociaux au moyen de meurtres et des massacres, qui continuent à être des instruments de prédilection des capitalistes et de leur Etat ; le meurtre du chef populaire Jorge Eliecer Gaitán le 9 avril de 1948, au moment où se tenait à Bogota l’assemblée de la IX Conférence Panaméricaine, précurseur de l'OEA ; l’assassinat de Luis Carlos Galán Sarmiento, candidat présidentiel libéral, bélier contre la corruption des partis bourgeois et de l'État. Ces meurtres et beaucoup d’autres, impossibles d’énumérer ici, sont tous commis pour des raisons politiques. C'est l’assassinat politique, sélectif et en masse, transformé en instrument, en argument préféré, pour résoudre les conflits politiques, de travail, sociaux et économiques.
Quand on affirme que dès 1810 le conflit armé interne et la violence politique manifesté dans des formes diverses n'a pas cessé pendant le reste du XIXe siècle, et que la Guerre de Mille jours a traversé le XXe siècle, tout simplement l’on reconnaît une vérité historique.
Quelques-unes des dates où il y a eu des guerres: 1828, 1830, 1832, 1839, 1841, 1851, 1854, 1859, 1867, 1880, 1895, 1899, sont seulement les périodes d’exacerbation d'une violence qui avait fait des 90 dernières années du XIXe siècle un océan de douleurs et de souffrances du peuple, qui a souffert des effets destructeurs, moraux et matériels, d'une guerre fratricide qui n'était pas la leur, guerre poussée, organisée, planifiée, développée et profitée par les classes dominantes. C'était une aveugle et mesquine dispute pour le pouvoir politique et les richesses matérielles généreuses des sols, des rivières, des mers et des cieux Colombiens. Il y a des auteurs qui racontent que, entre 1863 et 1884 il y a eu plus d’une demi-centaine de guerres encouragées par les héros de la guerre d'indépendance et leurs héritiers, chacun propriétaire d'un fief dont ils éprouvaient le besoin de l’agrandir, érigés en petits rois des petits Etats Souverains, surgis du démembrement de la Patrie, et justifiés avec des raisons bâtardes.
Et l'histoire a continué avec des nouvelles guerres pendant le siècle présent, sans solution de continuité dans la durée. Histoire fréquemment éclaboussée par des poussés de barbarie politique, comme le massacre des travailleurs de la banane, les tueries pendant la guerre de la résistance des années 46 à 57, période dans lequel a eu lieu plus d’un demi-million de tueries attribuées à un Etat criminalisé et intolérant.
Avec l'apparition des deux partis politiques dominants - libéral et conservateur - les haines autour des drapeaux se sont alignées avec plus de clarté. Leurs forces du combat étaient comme des hordes, principalement paysannes, qui marchaient à la guerre sans une grande conscience de la cause pour laquelle ils allaient sacrifier leurs vies. Ils ont été traités comme des meutes qu’on force à aller derrière leurs drapeaux respectifs.
Il convient de faire ces précisions, parce qu'il est dit habituellement que la violence en Colombie est limitée à la période que va du meurtre de Gaitán le 9 avril 1948 à aujourd'hui.
Ce qu’il est nécessaire de dire de ces 50 dernières années, c’est que la violence a acquis des caractéristiques différentes, en correspondance avec les caractéristiques des classes et de la lutte de classes dans la société de la seconde moitié du XXe siècle. Pendant que dans les étapes antérieures la confrontation engageait les forces féodales et ceux qui ont défendu longtemps les restes féodaux : les conservateurs, d’un coté, et de l'autre, les forces bourgeoises naissantes qui poussaient un processus de développement capitaliste : les libéraux,. Les contradictions plus intenses ont été esquissées entre les propriétaires terriens et bourgeois ; qui étaient les principaux bénéficiaires de cette guerre.
Maintenant, la confrontation fondamentale est entre les riches, le secteur dominant dans la société, concentrés dans une seule troupe, mêmes si toujours continue d’exister les deux partis politiques oligarchiques, et les pauvres, qu’ils soient affiliés ou pas à ces mêmes partis politiques.
Pour cette raison, Gaitán a répété avec quelque insistance que la faim et la malaria n’étaient affiliées ni aux libéraux ni aux conservateurs, qu’elles fouettent principalement les pauvres, couramment exposés face à ces plaies par manque de ressources propres et de la protection de l'Etat.
Presque deux siècles de guerre et de toute sorte de manifestations de belligérance, ne pouvaient pas passer sans laisser une empreinte, dans la forge de l’idiosyncrasie, de la conception de la société et de la vie des exécuteurs d'un système de conduite de l'Etat et de la société ; idiosyncrasie et conceptions basées sur la violence de l'état comme système de gouvernement et méthode pour résoudre les conflits dans la société.
Cette omniprésence de la guerre, nerf du survenir historique national, est fondamentale dans la structuration de la formation socio-économique. La société colombienne est une société construite au milieu de la guerre déclarée et maintenue par les classes au pouvoir. L'architecture économique, politique et juridique de la Colombie est déterminée par ce fait incontestable.
Constitution politique et guerre
Il faut affirmer avec intégrité, car cela est évident, que la séculière confrontation entre les deux bandes ennemies, a érigé deux instruments en armes fondamentales : Guerre et Constitution National. C’est pour cela que dans l'Histoire Colombienne a plus d’incidence que dans beaucoup d'autres peuples, le fait qu’il se succèdent des guerres pour imposer une Constitution ou qu'une Constitution fasse exploser des guerres, ou qu'une Constitution ait comme but de créer l'institutionnalité ad-hoc pour favoriser une bande et que cela fasse exploser la guerre.
Avec la permission du lecteur nous citons à nouveau le professeur Alape, avec la déclaration suivante : "Avec des tels antécédents le XXe siècle naît. La violence fut vitale pour tout ordre de processus dans notre premier siècle républicain. Au moyen d'elle il a été garanti l'accumulation et la reproduction du capital, la structure de la propriété agraire s'est stabilisée. Le même droit public colombien c’est formé au rythme du fait violent. En effet, les Constitutions de 1821, 1830, 1832, 1843, 1858, 1863 et 1886, sont nées et ont créé de nouvelles lois à la chaleur des guerres civiles ". À travers toute l'histoire républicaine, en Colombie, l’appelé Norme Fondamentale a été utilisée pour institutionnaliser les formes les plus diverses de la violence économique, politique, social, idéologique et militaire.
Etat et violence
L'Etat actuel en Colombie existe pour préserver et favoriser les intérêts de ceux qui sont propriétaires du pouvoir et qui résument leurs institutions. Les branches exécutives, judiciaire et législative, actent en conformité avec ce principe de la société capitaliste. Et, quand les mouvements et les organisations des travailleurs s’affrontent aux injustices de tout type en faisant usage des droits consacrés dans la Constitution et les Lois, en réclamant une solution aux graves problèmes que l’on continue à retarder pendant des siècles, le gouvernement met en jeu toute son artillerie juridique, policière et militaire pour étouffer à travers la violence institutionnalisée toute manifestation de mécontentement.
La bourgeoisie, sous l'inspiration de ses orienteurs d’office, la CIA et le PENTAGONE, a trouvé un outil qui lui a permis d’occulter sa responsabilité dans une grande partie des expressions les plus barbares de la Sale Guerre. Dans une action articulée de la Force Publique avec les grands patrons de la drogue, et quelques membres d'autres fractions du capital, ils ont créé et développé les bandes Fascistes du paramilitarismo au milieu de la décennie des années 80. Ces bandes sont des sinistres instruments de tuerie qui déchargent leur principale activité criminelle contre la population civile de la campagne et des villes, tout en combinant les massacres avec les assassinats sélectifs des leaders ouvriers et populaires progressistes, démocratiques et révolutionnaires.
Ces actions, réalisées au moyen des méthodes d'extermination les plus horribles, sont menées en combinaison avec des forces de l’armée du gouvernement, la Police et d’autres appareils de répression de l'Etat. Dans quelques cas, ils cherchent à s’occulter en attribuant ces faits à la guérilla, jusqu'à ce que l'évidence des faits découvre les vrais auteurs. Quand cela a lieu, apparaît la tête de turc, contre qui toutes les responsabilités sont déchargées, "afin que l'Institution de l'Etat (le gouvernement et les forces armées et de Police) soit excusée de toute la responsabilité et soit maintenue dans un parfum de sainteté". Mais il n’est pas moins vrai que parfois assumant leurs responsabilités, ils lancent des menaces de massacres et d’attentats aux personnes et organisations généralisant la terreur et la panique.
Avec le support et la protection de l'Etat, ces organisations de délinquants communs et chiens de proie des propriétaires du pouvoir, se sont développés et étendu à de nombreuses et vastes régions du territoire national, où ils finissent par commettre leurs méfaits, devant la grosse vue de la Force Publique. Cela a augmenté ces dernières années le phénomène du déplacement forcé dont les victimes dépassent le million de personnes, principalement paysans qui ont dû abandonner la terre où ils sont nés et où ils ont toujours vécu, pour fuir la terreur militaire - paramilitaire. Comme il est naturel, pour cette tragédie de centaines de milliers de familles, l'Etat n'a pas de solution. Tacitement il s’est déclaré incapable, quand tout le monde sait que la solution obligée est de mettre fin au monstre Fasciste que lui-même a crée et qu’il continue à allaiter.
De façon croissante, les gens opinent que sans l’éradication de ce grave fléau, parler de paix en Colombie, c’est tomber dans un terrain de sables mouvants où personne ne peut s’arrêter avec stabilité. Néanmoins, depuis différents niveaux, officiel et non officiel, se laissent écouter des commentaires (quelques-uns produisent des faits) qui cherchent à donner le statuts de forces politiques aux organisations paramilitaires et la catégorie de leaders politiques à des chefs comme Carlos Castaño, "le grand général" des AUTODÉFENSES UNIES DE LA COLOMBIE et "directeur suprême" des massacres de Córdoba, Urabá et autres régions du pays. Ceci est complètement compréhensible, quand la même Court Constitutionnel a déclaré constitutionnel la Loi qui a légitimé les CONVIVIR, organisations paramilitaires créées par l'ex-gouverneur libéral-fasciste d'Antioquía, Alvaro Uribe Vélez, instigateur et propulseur reconnu du Paramilitarismo dans son département et dans le pays, et tête d’affiche de la bourgeoisie pour des candidatures présidentielles futures.
Le régime, la crise du système et la paix
La structure économique du pays et le modèle de développement contenu dans la Constitution et les Lois Colombiennes, consacrent les privilèges injustes de la bourgeoisie et des multinationales étrangères, qui soumettent à une cruelle exploitation les ouvriers colombiens, sans leur laisser aucune possibilité de transformer favorablement leur situation par la voie institutionnelle. Au contraire, dans la mesure où la crise du capitalisme et les dégâts produits par le Néolibéralisme s’approfondissent, l'exaction est plus grande et plus douloureuse, et les possibilités de protestation sont de plus en plus restreintes. Les branches législative et judiciaire complètent la ceinture d'acier au cou de gens du peuple.
La Colombie est dans un point crucial de la crise
Cette situation critique s’exprime non seulement dans l’aiguisement des contradictions entre la large majorité des Colombiens et les castes dominantes ; dans la crise profonde de l'Etat et de toutes ses institutions, dans l’usure d'un régime politique qui noie les expressions vraiment démocratiques, mais aussi elle est présente dans les deux projets qu'elles représentent : d'un côté les secteurs qui défendent le vieil Etat de démocratie traditionnel, fermé et excluante ; de l'autre, ceux qui proclament la " modernisation ", la réforme politique cosmétique ou le " changement " pastranista, équivalent à une plus grande impulsion dans le néolibéralisme. Les deux projets d'essence bourgeoise, conservatrice et proimperialiste, d’aucune façon ne signifient options de bénéfice pour le peuple.
C’est de là, que les projets de l'insurgencia sont devenus expression de pouvoir populaire et véritables alternatives pour le peuple, dans la perspective de réaliser de vraies transformations dans la réalité du pays.
De par les causes structurelles reportées dans cet article et les politiques du gouvernement actuel et de la fausse opposition du parti libéral, le panorama n'est pas encourageant. Au contraire. L’application du néolibéralisme continuera à accroître le chômage, à créer un plus grand avilissement des salaires, une augmentation de la pauvreté et du coût de la vie car, comme d'habitude, l’on continuera à décharger sur les travailleurs le poids de la crise.
C'est ainsi que le peuple colombien, de façon juste, exerce le droit à la rébellion et en utilisant des formes diverses de lutte et de protestations.
C’est ainsi que s’explique pourquoi peu de temps après l’investiture de Pastrana le mouvement ouvrier et syndical se faisait sentir avec diverses actions de protestation, sectorielles et nationales dont une grève nationale de trois semaines à laquelle ont participé près d’un demi-million d'employés et ouvriers au service de l'Etat, grève qui a compté avec une importante solidarité d'autres secteurs populaires. Le gouvernement que parle autant de paix, a répondu avec la répression et la négative aux pétitions, mais le mouvement était capable de venir à bout de cette arrogance inspirée par les mauvais conseils du FMI et les organismes financiers de l'impérialisme.
Clairement apparaissent aux yeux du monde, l'augmentation des actions et de la capacité militaire du mouvement populaire armé. La guérilla a occasionné des défaites importantes à la Force Publique, et l’armée du gouvernement vit un moment difficile de crédibilité parmi la classe des oligarques qu’elle défend.
Le gouvernement veut étouffer la guerre révolutionnaire et mettre les masses de son côté. Faute de ne pas accomplir cet objectif, au nom de l'oligarchie et l'impérialisme, il propose la paix sans un projet clair, avec plus de gestuel que des mesures politiques susceptibles de créer un chemin vers ce but. Le but recherché est réussir la démobilisation et le désarmement de la guérilla ou de leur faire abandonner leurs objectifs de lutte pour le pouvoir populaire. Par conséquent, la réponse de l’insurrection doit avoir un haut sens politique sans pour autant abandonner leur condition d'organisation que développent la lutte militaire révolutionnaire.
C'est vrai que Pastrana a rencontré les Commandants Manuel Marulanda et Briceño, des Farc, peu avant son élection présidentielle ; qu’il a approuvé la démilitarisation des cinq Municipalités demandée par cette même organisation de guérilla ; qu'il a assisté à l'installation le 7 janvier 1999 de la table du dialogue ; qu’il a donné un avis favorable aux Accords de Mainz et à la réalisation de la Convention National proposés par l'ELN, une fois investi en tant que président, avec des gestes qui n'ont pas eu de précédents dans les temps récents ; qu’il a fait référence en termes positifs aux déclarations du camarade Francisco Caraballo sur des positions du parti Communiste de Colombie Marxiste-léniniste et de l'Armée Populaire de Libération, organisations dont il est dirigeant et porte-parole public. Mais, nous voyons déjà où conduit cette flexibilité limitée de certains aspects de la politique du gouvernement, car ils ont sorti aussi à flot différentes mesures militaires, budgétaires envers les habitants des régions où il y a une plus grande influence de la guérilla, à qui l’on donne des carottes mais tout en montrant le fouet. Ces décisions ne s’éloignent pas des doctrines de sécurité et des manuels de contre insurgencia du Pentagone.
Une réponse révolutionnaire devant l’affaire de la paix
Depuis la vision de la lutte pour le pouvoir populaire et le socialisme, intéressés par la conquête de nouvelles revendications politiques, économiques et sociales qui améliorent la situation des masses et créent des meilleures conditions subjectives pour l'avance révolutionnaire, le Parti Communiste de Colombie (Marxiste - Léniniste) et l’Armée Populaire de Libération, nous avons esquissé notre conception du Dialogue pour la Paix.
Nous le comprenons comme un grand débat politique national entre les divers secteurs de la société et nous réitérons notre décision de participer à un processus de Dialogue qui ait comme protagoniste principal les larges masses travailleuses de la ville et de la campagne.
Nous reconnaissons la valeur et les mérites de ceux qui depuis un bon nombre d'organisations civiles non gouvernementales défenseurs des Droits de l’Homme, et compris au prix de leurs propres vies, ont mis en jeu plusieurs initiatives sur la paix, qui ont aidé à apporter des éléments de distension dans l'environnement hérissée par la violence paramilitaire et de l'état. Elles aussi ont été la cible de la barbarie officielle et paramilitaire. Le problème principal est que quelques-unes de ces organisations, en partant plus de l'intention et des souhaits, perdent de vue les intérêts économiques du capital qui sont la base du conflit, facilitent ou permettent au gouvernement et ses agents de se déguiser ou de les utiliser avec des raisonnements comme quoi les violents sont les insurgés ou d’une oppressante "neutralité active", afin d’obtenir des déclarations de ces organisations humanitaires contre l'insurgencia, parce que de cette façon ils ne risquent ni leur liberté ni leur vie, tant de fois bafouées par l'Etat et ses appareils de sécurité d’extermination légale et illégale.
Nous nous intéressons à rassembler des propositions avec le reste d'intégrants de la Coordination de Guérilla Simón Bolívar. Nous voyons utile et nécessaire pour le processus révolutionnaire l'élaboration d'une Proposition Commune, comme cela a été fait à Caracas et Tlaxcala en 1991-92. Le débat politique que nous proposons, parce que déjà nous observons des points importants d'identité avec des propositions et de quelques processus de dialogues qui ont commencé, produira l'espace de la rencontre et de l’unité de tous ceux qui sont intéressés dans la paix avec une justice sociale qui ouvre le pas à une Nouvelle Colombie.
C'est suffisamment clair--parce qu'il a été dicté par la longue Histoire de la violence--que la possibilité d'atteindre la solution politique du Conflit Interne en Colombie, est de la responsabilité principale de la classe au pouvoir, de ses partis politiques et de son Etat. Parce que pour cela il n’y a qu’un seul chemin : réaliser les changements réels qui solutionnent les causes du conflit économique, politique, social, militaire, etc. Une autre partie importante de ce chemin est que dans ce processus il n’y a aucune intervention du gouvernement et de l'Etat nord-américain qui, doit respecter les décisions autonomes des Colombiens.
Un chemin certain en direction d’une solution politique serait la création de conditions nécessaires, afin qu'il y ait lieu normalement sans pressions, ni menaces de tout type, des dialogues, comme nous l’avons dit plus haut, avec les grandes majorités de la classe ouvrière et du peuple, les protagonistes, avec la participation des forces révolutionnaires et progressistes, armées et non armées. Pour cela notre proposition de Dialogue: UNE PROPOSITION VIABLE VERS UN DIALOGUE OUVERT, sera enrichie par les larges débats, dans lesquels le peuple devra exprimer avec clarté tout ce dont il a besoin, ce qu’il veut et la procédure.
De notre part, pour l’élaboration des grandes transformations, nous mettons à considération les thèmes suivants.
1. SOUVERAINETÉ :
- Indépendance et autodétermination dans les rapports avec les autres Etats, sans qu’il y ait des champs défendus et l’accomplissement stricte du principe de l’égalité dans les relations.
- Non au paiement de la dette extérieure.
- Révision des accords et obligations relatives à la protection des ressources naturelles.
- L’examen, changement et abolition des accords économiques et militaires préjudiciables à la nation.
2. DÉMOCRATIE :
Dans le cadre de la lutte pour un gouvernement démocratique et anti-impérialiste, nous proposons :
- Des véritables changements démocratiques dans la structure de l'Etat.
- Libertés démocratiques qui garantissent la participation des citoyens dans la solution des problèmes du pays, le droit à la vie et l’accomplissement effectif de la part de l'Etat des Droits de l’Homme du peuple.
- Abolition des groupes paramilitaires.
- Changements substantiels dans la conception et dans l'administration de la justice, en commençant par l'abolition de la justice sans visage ou d'exception.
- Révision des politiques, objectifs, fonctions et rôle des forces armées de l'Etat.
- Liberté pour les prisonniers politiques.
3. JUSTICE SOCIALE :
- Elle doit être basée sur des changements profonds dans l'économie du pays que touchent l'appropriation et la distribution des biens.
- S’abolira le néolibéralisme et l'économie sera orientée dans un développement avec bien-être social, sans l’ingérence du Fond Monétaire International, la Banque Mondiale et les monopoles nationaux et étrangers.
- L'industrie nationale et la production au bénéfice des majorités seront stimulées.
- Réforme urbaine et réforme agraire intégrale.
- Eradication de la circulation de la drogue avec des critères de souveraineté nationale et substitution de cultures basée dans l'investissement social.
Nous mettons aussi en valeur la validité des critères suivants relatifs au dialogue.
1. La conception que la paix doit être basée dans la lutte pour un nouvel Etat et une nouvelle société, dans la transformation démocratique de l'Etat et la société et dans l'amélioration des conditions de vie et de travail des majorités.
2. La décision de dialoguer au milieu de la confrontation, sans conditions antérieures et face au pays.
3. La construction de scénarios qui favorisent le développement des dialogues avec la plus grande amplitude. Le dialogue deviendrait un grand débat national ; ainsi également l’on procédera à élire ses représentants aux tables régionales et locales de dialogue.
4. La participation active et permanente dans les différentes institutions de la société. Le peuple choisira démocratiquement ses représentants à la table de dialogue avec le gouvernement national; également choisira ses représentants aux tables régionales et locales de dialogue.
5. La définition d'un processus intégral de construction de la paix.
6. L'élaboration d'un agenda ouvert.
7. La protection par l'Etat des droits politiques des citoyens.
8. La non-reconnaissance politique aux groupes paramilitaires.
9. La participation internationale, étrangère à toute ingérence dans les affaires internes de la Colombie. À cet égard nous ne sommes pas pour la participation d'entités, gouvernements et personnes compromises dans la sale guerre en Colombie. Dans ce sens, nous nous opposons à la participation du gouvernement des Etats Unis dans les dialogues.
Colombie, février 1999
Contribution au 8ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 2-4 mai 1999
Thème: L’impérialisme, c’est la guerre