Les accords de defense entre la France et les pays d'Afrique francophone: une assurance tous risques pour les dictateurs du pre-carré, gardiens du temple néo-colonial

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Djimadoum LEY-NGARDIGAL, Secrétaire Général de la Section France de l’Action Tchadienne pour l’Unité et le Socialisme (ACTUS)

I - Introduction

L’Etat Français a toujours entretenu un réseau de six (6) bases militaires en Afrique, représentant environ 10.000 hommes. Ces prétendus accords de défense, de coopération militaire ou d’assistance militaire ne sont en réalité et en pratique que des clauses secrètes d’intervention en cas de troubles internes et pour soutenir uniquement ces potentats dictatoriaux rejetés par les Masses Populaires.

Ainsi, furent noyées dans le sang par les parachutistes Français, et ce, depuis les indépendances formelles, les révoltes et révolutions successives des Peuples Africains du pré-carré français.

La Politique Militaire de la France en Afrique a pour fondements les raisons suivantes:

- Economiques (matières premières stratégiques, produits tropicaux… à bon marché pour la France et l’Afrique constituent un débouché pour les produits Français).

- Culturelles (Garanties par la francophonie la culture française, ses implications économiques et politiques contribuent incontestablement à la grandeur et au rayonnement international de l’hexagone).

- Géostratégiques et Politiques (Les bases militaires et ainsi que le choix par la France des Dirigeants Africains défenseurs des intérêts de la France-Afrique Foccartienne, concourent également à la grandeur de la France au détriment du développement politique économique et social des Etats Africains francophones et de leurs Populations).

Les accords militaires sont un sujet qui trouve un consensus au sein de la classe politique française. Cependant ces derniers temps quelques fissures firent leur apparition: En effet les Verts, membres de la coalition gouvernementale de la Gauche plurielle, ont marqué leur désapprobation (interpellations du Gouvernement Français par le Député Noël MAMERE à l’Assemblée Nationale sur la politique Africaine de la France).

Nous tenons ici à remercier le PTB pour avoir organisé ce Séminaire Communiste International, qui permettrait aux Partis Communistes Marxistes Léninistes de stigmatiser le rôle de l’impérialisme dans les guerres et l’oppression des peuples.

Seul le Communisme est générateur de paix car synonyme de libération des Peuples contre l’exploitation impérialiste et capitaliste.

Le rôle de nos Partis Révolutionnaires est de lutter pour l’instauration de ce système en s’appuyant sur l’internationalisme prolétarien et la doctrine Marxiste-Léniniste.

II- Fondements historiques, politiques, géostrategiques et économiques des accords de coopération militaire entre la France et l’Afrique

A- Fondements Politico-Historiques et Géostratégiques

La coopération militaire Franco-Africaine a une double caractéristique: elle est à la fois classique et moderne. Dans son aspect classique, elle reflète la situation dans laquelle une puissance militaire met une partie de ses forces au service de la défense de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de ses partenaires, en cas d’une menace réelle ou potentielle. Par contre dans son aspect moderne la coopération militaire Franco-Africaine a la particularité de prendre racine sur une base si sentimentale que son bilatéralisme diminue l’assise juridique au profit d’un volontarisme politique. Forte de cette dimension. Elle déborde l’ancien espace de pénétration coloniale pour couvrir un maximum d’entités politiques post-coloniales, sans pour autant déboucher sur une alliance militaire, exerçant une fonction de précision de l’intérêt commun et définissant le casus belli.

L’absence d’alliance formelle laisse à tous les partenaires engagés dans cette relation la liberté de décision : en cas d’une menace, le pays concerné se réserve le droit de faire appel à la France de même que celle-ci apprécie la possibilité ou non d’intervention, en choisissant le temps et le lieu. Ceci reste aussi vrai pour les autres partenaires africains à la relation qui ne font pas jouer la coalition dans un cas comme dans l’autre.

D’où la défense dont nous parlons ici ne s’entend pas au sens classique d’une force nationale, fondée d’une part sur les éléments matériels d’ordre géographiques (étendue du territoire, sa position stratégique,ses ressources naturelles), d’ordre humain (sa masse démographique),d’ordre technologique (potentiel militaire), et d’autre part sur les composantes morales (le caractère national : fruit de l’intégration) et le sens national (le degré de détermination avec lequel une nation soutient les politiques de son gouvernement en temps de paix ou en temps de guerre).

A ce propos, soulignons que de tous les pays de l’Occident en général et de toutes les puissances coloniales en particulier, la France est le seul pays qui ait tiré la leçon de l’histoire contemporaine de l’enchaînement spatial Euro-Africain, en tant que soubassement d’une politique de puissance dans le monde. En effet, une observation attentive de la politique étrangère de la France telle qu’elle a été impulsée par la Vème République, permet de dégager un fil conducteur enraciné dans la conviction sinon dans la certitude que le sort de l’Afrique est lié à celui de l’Europe et cette certitude est le fruit de l’histoire du commerce triangulaire, du phénomène de colonisation et surtout de l’effort de guerre à travers lequel, à leur corps défendant, les soldats africains ont payé de leur sang la liberté de l’Europe sous domination nazie. " Sans son Empire, déclarait Gaston MONNERVILLE devant l’Assemblée consultative le 25 mai 1945, la France ne serait aujourd’hui qu’un pays libéré. Grâce à son Empire, la France est un pays vainqueur ".

Bien que la France ne soit pas le seul pays européen à saisir la pertinence de cette modification du paysage Euro-Africain devenu dépendant et complémentaire, voire inséparable, l’innovation du projet gaullien vise à mettre au service d’une ambition somme toute légitime ‘la place de la France dans le monde’, une volonté clairement déterminée en vue de réorganiser cet espace géopolitique et géostratégique, et ce en association avec les acteurs africains devenus partenaires.

C’est dans cet esprit que fut créée la communauté française, le 4 octobre 1958. A l’exception de la Guinée Conakry, l’ensemble des colonies françaises d’Afrique approuvèrent ce projet fondé sur le principe d’une défense globale unique pour la France et la communauté. Ce principe sera confirmé par l’ordonnance du 7 janvier 1959. Confiant au président de la République française la responsabilité de définir des politiques de défense et de sécurité. Cependant, la grandeur de l’ambition ainsi affichée, ne put empêcher les pesanteurs nationales et internationales, spécifiquement la vague de décolonisation, d’écrouler l’édifice tenace mais perspicace, le Général DE GAULLE comprit que si la France se résignait et n’accompagnait pas l’édification des Etats nouveaux en Afrique, celle-ci risquerait de se faire contre la France, d’autres puissances s’empressant de combler le vide ainsi créé. Pour ce faire, la France réaffirme solennellement sa volonté d’offrir à l’Afrique et aux pays en voie de développement, l’alternative d’une troisième voie sans laquelle ces nouveaux Etats n’échapperont pas à la rivalité Américano-Soviétique. C’est dans ce sens qu’il faut situer le passage en douceur de la communauté institutionnelle éphémère à une communauté contractuelle vivante, dont le maître mot est " la coopération ". De cette coopération tous azimuts, retenons la coopération militaire axée sur trois points saillants :

- Les accords de défense (permettant aux Etats signataires de faire appel à la France pour les aider directement à assurer leur sécurité),

- Les accords militaires d’assistance technique (par lesquels la France s’engage à fournir des conseillers techniques, à former les stagiaires, et à livrer armes et munitions),

- La force d’intervention (l’instrument ultime dans le dispositif défensif français).

Ce décor étant planté, Français et Africains vivaient bon an mal an avec la conviction que leurs problèmes de sécurité étaient résolus. Soudain, l’effondrement presque simultané de deux empires anachroniques Portugais et Ethiopien en 1974, redonne de l’intensité à la présence soviétique en Afrique d’abord en Angola et ensuite dans la Corne de l’Afrique (conséquement à la guerre de l’Ogaden). Dans la foulée, le retrait de l’Espagne du Sahara occidental déchire le Maghreb entre le Maroc et la Mauritanie d’une part, le Polisario et l’Algérie d’autre part. De même que deux ans plus tard, les rebelles zaïrois basés en Angola attaquent à deux reprises leur pays, pendant que la rébellion du Frolinat secoue le gouvernement du Tchad avant de céder la place au conflit Tchado-Libyen. Devant tous ces événements, les dictateurs africains partenaires de la France, pris de panique augmentent la pression sur Paris, sollicitent son intervention, estimant la menace suffisamment déstabilisatrice pour leur pouvoir sans tenir compte des limites juridiques des accords signés.

D’une manière générale, la stratégie se définit comme " l’art de combiner toutes les forces d’un ou plusieurs Etats en vue d’obtenir un résultat déterminé par une politique ", ou mieux encore, la stratégie " est l’art de conduire et de comprendre les luttes d’intérêt qui constituent la trame de l’histoire de l’humanité ". Cette conception de la stratégie constitue la plage commune des définitions élaborées par les pays occidentaux et la France ne fait pas exception en la matière, car tout son redéploiement des forces sur le théâtre africain correspond à son projet politique selon lequel, " devant l’effritement des positions françaises d’Indochine et du Moyen-Orient, la seule carte à jouer afin que la France rivalise avec les superpuissances reste l’Afrique francophone, " le lien charnel ", souligne Charles ZORGBIBE. Ainsi appréhendé, le dispositif militaire français repose sur trois niveaux :

Le premier niveau, tient à la couverture immédiate en cas de conflit, assurée par les armées locales préalablement équipées, entraînées et formées par la France. Ces armées locales doivent être en mesure de tenir jusqu’à l’arrivée des moyens de la France pour le cas où il sera fait appel à eux.

Le deuxième niveau fait appel à l’intervention d’un nombre d’unités françaises

cantonnées en des points déterminés par les accords, sur le territoire des pays francophones.

Le troisième niveau et le plus important, implique l’intervention de la force stratégique générale basée en métropole : la Force d’Intervention, devenue plus tard la Force d’Action Rapide. Interarmée, la mission principale de cette force est de faire face dans les moindres délais, soit à une menace en vue de la désamorcer, soit à une action adverse pour la juguler avant qu’elle n’ait le temps de se développer dangereusement. Force extérieure à affectation spécifiquement africaine, la force d’intervention comprend trois éléments : un élément terrestre (fer de lance de l’ensemble), un élément aérien (apte à renseigner, transporter et appuyer la force d’intervention aéro-terrestre), et un élément marin (éventuellement une force d’intervention amphibie) dans l’hypothèse d’un débarquement. Dans l’ensemble, ces trois niveaux recoupent deux piliers : l’un stratégique et l’autre tactique. Le pilier stratégique, dit " soutien global ", comprend deux dimensions : militaire et politique.

Au point de vue politique, le concept de soutien global autorise le contrôle de l’ensemble de la zone (Afrique francophone), quitte à admettre le cantonnement, fût-ce pour des années, de tel régime hostile ou réticent (Guinée), ou si les circonstances le permettent et l’opinion internationale s’y prêtent, à changer de régime (Empire Centrafricain).

Au point de vue militaire, le concept de soutien global suppose le remplacement de la simple vente d’armes plus ou moins assortie d’une maintenance logistique, par l’installation sur place des systèmes d’armes à la manière d’usine " clé en mains ", tout en prenant soin de définir des marchés potentiels et des clients pour lesquels les usines tournent. Quant au pilier tactique dit " compagnies tournantes ", il implique le démantèlement géopolitique, préconisant l’aide diversifiée à chaque Etat. Cette aide peut, selon l’origine de la menace, aller jusqu’aux opérations de " coup d’arrêt " à l’encontre du nord (le Maghreb ou le danger arabo-musulman du type épouvante KADHAFI ), ou à l’encontre du sud (l’Afrique Marxiste), grâce à des compagnies tournantes stationnées sur quelques bases locales ou par l’intervention de quelques paras transportés depuis la métropole. Soulignons que ce schéma conceptuel fut mis en œuvre lors de l’opération Manta.

B- Fondements économiques et stratégiques.

Le dernier atout de l’impérialisme Français pour rivaliser dans la cour des " grands " reste la possession de son empire semi-colonial, constitué essentiellement du pré-carré africain .

Déjà en 1971, comme le disait Yvon BOURGES, " sur le plan économique, il est incontestable que la France retire certains avantages de sa politique de coopération dans la mesure où celle-ci lui permet d’exporter des hommes, des techniques ou des productions(…) et si le commerce qu’effectue la France avec les Etats africains et Malgaches de la zone franc ne dépasse pas 4 à 5 % de son commerce total, il n’est pas négligeable pour autant à ses yeux que ces échanges lui permettent d’acquérir, sans sortir de devises 83 % de ses besoins en cacao, 87 % de ses besoins en bois tropicaux, 62 % de ses besoins en café, 68 % de ses importations d’Uranium " (Qui a peur du tiers-monde ? Editions du Seuil, 1980 p.112).

L’industrie française reste tributaire des matière premières d’Afrique francophone : Pétrole 10 %, Uranium 78 %, Bauxite 86 %, Manganèse 86 %, Chromite 56 %, Cuivre40 %, Fer 34 %, Phosphate 16 %, Houille 30 % . Certaines de ces ressources minérales sont des produits stratégiques, eu égard au rôle qu’ils jouent dans l’industrie d’armement des puissances nucléaires comme la France.

La dévaluation du FCFA en 1994 exigé par le FMI a renforcé la position hégémonique des filiales africaines des entreprises françaises en divisant par deux le coup de la force de travail des ouvriers et des matières premières et en multipliant par deux la dette des Etats africains.

Malgré la rivalité interimpérialiste, en Afrique (notamment la pénétration croissante des Allemands et Américains qui fragilise les positions Françaises), le nouvel ordre mondial né de la défaite du Socialisme maintient pour l’essentiel, le continent dans son statut de zone de prédilection (pré-carré) de l’impérialisme Français.

III- Quelques interventions militaires françaises en Afrique

De 1962 à 1994, on a dénombré quelques 18 interventions militaires françaises ou précisément 18 expéditions coloniales punitives de l'’impérialisme Français en Afrique francophone, dont on peut rappeler les principales :

En 1962, au Sénégal, pour sauver le Président Léopold SEDAR SENGHOR .

En 1964 et en 1990 au Gabon où les émeutes populaires de Libreville et de Port-Gentil furent écrasées, pour imposer respectivement les Présidents Léon MBA et BONGO . Rappelons que le Gabon est un lieu stratégique d’exploitation du pétrole par le Groupe pétrolier ELF qui fait la loi en Afrique. Au moment de l’indépendance, le gouvernement du Gabon a conclu avec la France, le 17 août 1960, un accord de défense dont l’article 3 prévoit : " La République Gabonaise a la responsabilité de sa défense intérieure. Elle peut demander à la République Française une aide dans des conditions définies par les accords spéciaux. " Bien qu’il ne semble pas que ces accords spéciaux soient intervenus, c’est évidemment en se fondant sur ce traité que la France a justifié son intervention militaire au Gabon pour rétablir le président M’BA, le 19 février 1964.

Depuis 1968, ce sont des multiples interventions et permanentes, des troupes françaises au Tchad, où elles participent directement aux combats aux côtés des forces gouvernementales Tchadiennes . Certains engagements tels ceux de 1978 et 1983 (opération Manta) et 1986 ont nécessité un nombre impressionnant de militaires français (jusqu’à 4.000 hommes) et des matériels lourds et modernes (avions, chars, missiles...). Ces interventions avaient permis de protéger les potentats et dictateurs locaux, les Présidents TOMBALBAYE, MALLOUM et Hissene HABRE. Au demeurant rappelons que l’opération Manta a permis à la France de déployer des Forces gigantesques jamais mises en œuvres sur le continent Africain depuis la fin de la guerre d’Algérie : en effet on a pu dénombrer 6 Jaguars, 4 Mirages F1, 2 ravitailleurs en vol C-135, des missiles anti-chars Millan, des canons monotubes de 20 mm, des automitrailleuses légères AML, des lances-roquettes LRAC de 89 mm, des mortiers de 120 mm, des radars Olifan, des chars motorisés Lohr et environ 4.000 hommes.

Signalons enfin que depuis 1990 les troupes françaises (grâce à l’opération épervier) avaient intronisé le Général Président Dictateur Idriss DEBY et continuent de lui apporter toute la logistique nécessaire afin d’anéantir les légitimes aspirations des Masses Populaires Tchadiennes, et de raccourcir tous ceux qui oseraient s’opposer à son règne sanglant. L’Armée clanique de DEBY, appelée Garde Présidentielle (GP) ou Force d’intervention rapide (FIR) est une Armée d’élites dans l’Armée nationale, qui est entraînée, équipée et conseillée par les militaires Français. C’est la GP qui écument les campagnes Tchadiennes, tuent, violent, pillent, incendient les maisons et les récoltes des paisibles paysans. Ces crimes s’opèrent sous les yeux complices et approbateurs des conseillers militaires français. La vie des Masses Populaires vaut moins que l’ordre colonial et les intérêts de l’impérialisme français.

Selon le quotidien Le Monde du 3 Décembre 1998, la France pourrait conclure un accord de défense avec le Tchad. Cette dernière remplacerait les accords de coopération militaire technique ratifiés par les deux pays le 6 Mars 1976.

La fermeture des bases militaires françaises en RCA et leur redéploiement au Tchad, fait de ce pays un porte avion d’environ 1000 hommes au cœur du continent africain, pour défendre les intérêts français. La déclaration du Ministre de la défense Alain RICHARD, faite à N’Djaména, le 30 Juillet 1997, relative au renforcement de cette capacité de feu de l’Armée Française au Tchad, fait froid au dos. En effet en d’autres termes et en pratique, cela induirait aussi la capacité de la machine à broyer les vies humaines, qu’est la Garde clanique présidentielle (GP) du Général Président Idriss DEBY.

L’incarcération illégale et injuste du Député Fédéraliste et Ecologiste YORONGAR, de Yaya Batit ALI, Président du Parti d’opposition PUND/DDT, de celle de nombreux anonymes, les assassinats des paisibles citoyens de la région pétrolifère du Logone (massacres de Moundou, liquidation physique de Laokein BARDE, leader des FARF...), ces derniers mois sont un avertissement à tous ceux qui oseraient contester le pouvoir de DEBY ou défendre les propres intérêts du Tchad.

Cet éventuel accord de défense qui serait signé entre le Tchad et la France selon les propos du Ministre Français de la Défense Alain RICHARD, mériterait une brève rétrospective de l’évolution des accords militaires entre la France et les Etats d’Afrique francophones en général.

En effet, prenons deux exemples qui illustrent avec force les types d’interventions militaires françaises en Afrique : les cas du Gabon évoqué et celui du Tchad.

Avec le Tchad, la France a passé plusieurs conventions, ce qui a compliqué le problème sur le plan juridique. Un premier accord, dit accord quadripartite, a été conclu les 11, 13 et 15 août 1960 entre le gouvernement de la République Française et les gouvernements de la République Centrafricaine, de la République du Gabon et de la République du Tchad. Cette convention, en affirmant que les trois Etats africains " sont responsables de leur défense intérieure et extérieure " (art.3), souligne le double aspect de la défense. En outre, elle prévoit que les parties organisent " un système commun afin de préparer et d’assumer leur défense " (art.1). Enfin, l’article 2 stipule : " Les parties contractantes se prêtent à cet effet (renvoi à l’article 1) aide et assistance et se concertent d’une manière permanente sur les problèmes de défense. "

Le jeu combiné de ces articles permet donc bien une assistance militaire lorsque la sécurité interne d’un des Etats est menacée, comme ce fut le cas au Tchad lors de la révolte du Tibesti (Nord du Tchad) en 1968. C’est sur cet accord que la France a fondé son aide militaire. La validité de cet accord a été contestée dans la mesure où deux Etats parties de ce traité, le Congo et la République Centrafricaine, ne semblaient plus désireux de l’invoquer. Le secrétaire d’Etat Français chargé de la coopération a répondu à ces arguments que l’accord quadripartite était en fait un accord entre la France et chacun de ces Etats. La dissolution de l’Union des Etats de l’Afrique Equatoriale n’a donc pas rendu caduques ces conventions. La preuve en est que la France utilise toujours la base de Fort-Lamy (N’Djaména), en vertu de l’accord de 1960, ce qui prouve la validité de ce traité entre la France et le Tchad, mais un second accord avait été conclu le même jour (11 août 1960), à Fort-Lamy (N’Djaména), entre la France et le Tchad concernant l’assistance technique militaire. Or ce traité a été remplacé par une convention conclue à Paris le 19 mai 1964, entre les mêmes parties et sur le même sujet. On a prétendu que cet accord de 1964 annulait les engagements de 1960. C’est exact pour le traité d’assistance technique militaire, mais évidemment pas pour l’accord de défense signé le même jour, mais pas entre les mêmes parties.

Les conventions qui ont été citées, et beaucoup d’autres pourraient être invoquées pour justifier une interventions militaire de la France si la sécurité interne de l’Etat africain peut être garantie par la France, à plus forte raison sa sécurité internationale. Il est curieux de constater que ces traités ne semblent pas avoir été utilisés dans ce cas. On peut trouver plusieurs explications à cela. La première, et la plus rassurante, consiste à dire que ces traités ont été efficaces. C’est le but d’une bonne alliance de dissuader ‘l’adversaire’: devant la détermination de la France et des Etats africains alliés d’assumer leur sécurité, les attaquants auraient été découragés, sauf à l’égard de pays comme le Zaïre (RDC), qui précisément n’avait pas le même type d’accord défensif. En second lieu, il faut reconnaître que plusieurs de ces accords ont été dénoncés par des Etats africains, comme entachés de néo-colonialisme, dans la mesure où ils avaient été négociés au moment de l’indépendance. Si dans certains cas de nouveaux accords ont été conclu, il n’en a pas toujours été ainsi et la France elle-même hésite à invoquer ces traités. Elle ne l’a pas fait lors de sa seconde intervention au Tchad de 1978 à 1980 alors que l’immixtion de la Libye dans ce pays était évidente.

Signalons enfin que les simples accords de coopération, prévoyant la présence sur place d’un personnel militaire français, sont en eux-mêmes une garantie puisque, comme nous l’avons vu, une attaque contre les soldats français risque d’entraîner une riposte armée au nom de la défense de ses ressortissants.

Mais, qu’il s’agisse d’un traité assurant la sécurité interne ou internationale de l’Etat, l’intervention de la France n’est pas automatique : elle est toujours liée à " l’appel " des autorités locales.

Lors de la première intervention au Tchad, en 1968, le Ministre des Affaires étrangères Français a déclaré : 

" C’est à la demande du Gouvernement Tchadien, en application des accords de défense de 1960, accords ratifiés à l’époque à l’unanimité par l’Assemblée nationale, que le Gouvernement français a mis à la disposition du Tchad, à titre exceptionnel, et pour une durée limitée une mission civile chargée d’apporter concours technique à la réorganisation de l’administration et des forces de défense Tchadiennes afin de les mettre en mesure, dans un avenir aussi rapproché que possible, d’assumer par elle même les missions qui les incombent.

Nous avons également accepté, pendant les délais nécessaires à la réalisation de cette tâche et pour assurer la protection de notre aide, de concourir, avec les forces armées tchadiennes, à la sécurité intérieure du pays par l’envoi d’un détachement militaire entièrement composé de personnel sous contrat. En agissant ainsi, le gouvernement remplit les engagements que, par des accords de coopération et de défense, la France a souscrit à l’égard du Tchad ".

Dix ans plus tard, en 1978, lors de la seconde opération française au Tchad, le motif donné par le Ministre Français de la Coopération n’a pas été très différent : " A la demande du gouvernement tchadien, nous avons été amenés à renforcer le nombre de coopérants français qui servent dans ce pays pour entraîner l’armée Tchadienne que le gouvernement de N’Djaména s’efforce de reconstituer. Nous avons aussi été amenés à envoyer, toujours à la demande implicite et formelle du gouvernement tchadien -j’insiste bien- quelques unités supplémentaires pour assurer la protection des centres d’instruction où nous formons l’armée tchadienne ".

Le fait que ce type d’action n’ait pas été prévu dans le traité antérieur n’altère en rien la légalité de celle-ci, pour le ministre des Affaires étrangères français, du moment qu’il y a eu une demande des autorités légales :

" La France a répondu à la demande du gouvernement légal d’un pays avec lequel elle entretient des liens d’amitié et de coopération, alors que ce gouvernement devait faire face à une attaque armée menée par des éléments subversifs qui mettaient en danger la sécurité du pays et la vie des citoyens français. Le fait que cette assistance n’ait pas été prévue dans un traité ne lui confère aucun caractère illégal, ni au regard du droit international, ni au regard du droit constitutionnel ".

Si l’envoi des troupes françaises au Tchad se fait à la demande du gouvernement de N’Djaména, il est évident que leur retrait doit également intervenir lorsque celui-ci est demandé. Lors de la première intervention, le gouvernement du général MALLOUM a demandé, le 22 septembre 1975, le départ des troupes françaises et celui-ci a été réalisé à l’automne de la même année. Au terme de la seconde intervention française, car on ne peut, hélas, dire au terme du second conflit, l’accord signé à Lagos, le 21 août 1979, à l’issue de la quatrième conférence de réconciliation entre les onze tendances tchadiennes et neuf pays africains, prévoyait un cessez-le-feu immédiat, le retrait des troupes françaises et l’organisation d’élections libres. Dès le 2 septembre, la France annonçait, en application de ces accords, le retrait immédiat de ses troupes. Si elle ne l’avait pas fait, c’est à la demande du gouvernement tchadien, formulée le 4 septembre, dans l’attente de la constitution du " Gouvernement d’union nationale de transition " (GUNT). Le Ministre français des Affaires étrangères a déclaré à ce sujet : Ce retrait est effectué selon les modalités fixées en accord avec le président du Gouvernement d’union nationale de la République du Tchad et tiendra compte des préoccupations du Gouvernement tchadien ".

On constate donc que le souci de l’accord des autorités locales va jusqu’à tenir compte de leur avis dans le retrait des forces françaises. Cette évacuation a été achevée le 16 mai 1980.

La demande des autorités locales est beaucoup plus difficile à établir lorsqu’il s’agit d’une intervention visant le gouvernement et non pas une action venue de l’étranger. Ainsi, dans l’affaire Gabon, le président M’BA renversé et détenu par un commando militaire insurgé dans la nuit du 17 au 18 février 1964, était bien empêché de faire appel à la France. Celle-ci s’est alors contentée de la demande d’intervention émanent du vice-président, M. YEMBIT.

Enfin, la justification était encore beaucoup plus délicate en Centrafrique où l’action de la France visait à déposer l’empereur BOKASSA auquel on reprochait les massacres d’écoliers de Bangui, donc à changer le gouvernement avec lequel la France avait collaboré pendant quatorze ans de 1965 à 1979. L’argument invoqué par la France a été la demande d’aide émanent de M. David DACKO, ancien président de la République Centrafricaine, élu à la magistrature suprême en 1960, au lendemain de l’indépendance, et réélu le 5 janvier 1964 pour sept ans, avec 99 % des suffrages.

M. DACKO avait été renversé par un coup d’Etat en décembre 1965, son cousin, M. BOKASSA, ayant alors pris le pouvoir. " Aux appels angoissés qu’adressaient l’ancien président de la République Centrafricaine,le Premier ministre en exercice et d’autres responsables centrafricains pour libérer leur pays de l’oppression dont il était l’objet, le gouvernement a répondu que la France était prête à satisfaire leur demande d’aide dès lors qu’elle serait expérimentée sur place par ceux qui avaient qualité, en dehors du souverain déchu, à représenter la Centrafrique. " Mais M. David DACKO est revenu dans son pays pour formuler cet appel dans les avions français qui amenaient les troupes à Bangui à partir du 20 septembre 1979, et le ralliement du Premier ministre, M. MAÏDOU, au nouveau régime, s’est fait après le débarquement des Français. Malgré les précautions prises par la France, on ne peut donc reconnaître ces appels comme émanant des autorités légales et antérieures à l’intervention. ce qui nous amène à rechercher encore d’autres justifications dans la carence des organisations internationales à assurer les diverses missions qui leur sont confiées.

Le but de ces accords de défense est de prévoir un engagement de la part des alliés de se porter mutuellement secours lorsqu’ils sont en présence de difficultés. Cependant ces accords conclus entre la France et les Etats africains, au moment de l’indépendance, sont évidemment très inégaux ; on voit mal le Tchad venir au secours de la France si celle-ci était attaquée. L’histoire a cependant montré que les territoires africains ont participé, avant leur indépendance, à la défense de la métropole. Rappelons ici la libération de Strasbourg du Nazisme en 1945 par la colonne du Général LECLERC partie de Fort-Lamy (N’Djaména).

Aujourd’hui, la France obtient, en échange de son assistance militaire, des droits pour le stationnement de ses troupes et la liberté de transit sur le territoire des Etats alliés. Un fait curieux de certaines de ces conventions, mais il n’est pas unique, c’est la possibilité d’intervention aussi bien pour assurer la sécurité interne qu’internationale des Etats africains.

En résumé, la justification d’une intervention militaire par la légitime défense, habituellement réservée à la protection du territoire de l’Etat (compétence territoriale), semble bien fondée lorsqu’il s’agit de la défense de forces françaises situées à l’étranger (compétence de service public), ou de ressortissants français (compétence personnelle). Toutefois, cette protection humanitaire, entrant en concurrence avec la compétence territoriale de l’Etat sur le territoire duquel l’intervention va se dérouler, le gouvernement français prend la précaution de l’accompagner des termes tels que " consentement ", voire de " l’appel ", du gouvernement " légitime " concerné.

Au Tchad comme partout ailleurs dans le pré-carré, les accords de défense et leurs clauses sécrètes ne servent qu’à défendre les intérêts des entreprises françaises et à garantir à vie les pouvoirs des potentats à la tête de nos Etats.

La volonté de la France de conclure un accord de défense avec Le Tchad, comme l’a souligné son Ministre de la défense Alain RICHARD (Le Monde du 3 décembre 1998 de Jacques ISNARD), témoigne si besoin est, de l’intérêt économique notamment pétrolier( les réserves de DOBA au Sud sont estimées à environ 1 milliard de barils) que le Tchad va représenter dans l’avenir . En effet le Général Président Idriss DEBY, grâce à l’officier de la DGSE Paul FONTBONNE et de la logistique de l’Armée France s’est emparé du pouvoir le 1 décembre 1990. Ce coup d’Etat militaro-pétrolier ELF, a permis ainsi l’entrée de la compagnie pétrolière ELF avec 20 % des parts détenues par chevron (et qui reviendraient au Tchad après son départ du consortium).

Le consortium était à l’origine 100 % Anglo-saxon (Exxon-Shell-Chevron). Le syndrome de ‘Fachoda business’ a été ainsi résolu. Le consortium comprend actuellement (Exxon 40%, Shell 40%, et Elf 20%).

L’hypocrisie et le mercantilisme de la France ont atteint leurs paroxysmes, lorsque dans les années 1978-1980, la presse internationale faisait état de l’occupation de la bande d’Aouzou, territoire Tchadien d’environ 115.000 Km2 par les troupes Libyennes. Alors pourquoi la France, de surcroît puissance colonisatrice n’a t-elle pas appliqué les accords de défense relatifs à cette agression extérieure afin de protéger l’intégrité territoriale du Tchad? Que faisaient alors ses militaires au Tchad ? Ce silence de l’hexagone ne serait-il pas à mettre au compte de ses intérêts économiques ? La presse d’alors parlait d’un gros contrat d’armement portant notamment sur la vente d’une centaine de Mirages à l’armée Libyenne.

En 1983, la France avait proclamé par la voix de son Président François MITTERRAND la frontière du Tchad ‘utile’ selon ses propres termes qui s’étend du sud du pays jusqu’au 16ème parallèle au Nord, la fameuse ligne rouge dont les Libyens ne doivent pas franchir, sous peine de subir une riposte foudroyante de l’opération Manta.

Ce comportement de la France démontre avec suffisance le mercantilisme politique lié à la défense des intérêts de la France. Un accord ne serait-il pas contracté entre la France et la Libye pour le partage des zones d’influences ou de protectorats ?. Le Nord du 16ème parallèle arabophone est Libyen tandis que le Sud du 16ème francophone. Il n y a là qu’un pas que nombre de Tchadiens ont allègrement franchi.

Selon certains acteurs des guerres Tchadiennes dont un militaire français qui a travaillé pendant 10 ans au Tchad, les troupes françaises aideraient même parfois les deux camps protagonistes. Ce qui permettrait certainement de rétablir ‘l’équilibre de la terreur’, de créer une insécurité endémique, une instabilité latente afin de justifier leur présence au Tchad.

L’équation : Bases militaires françaises en Afrique = Récolonisation + Insécurité

trouve toute sa dimension dans la tragédie que vivent les populations Africaines depuis 39 ans d’indépendance avec les traitements dégradants et humiliants, les humiliations, les tortures, les crimes, et les massacres dont ils sont victimes de la part des dictateurs intronisés par la France et protégés par les accords de défense.

Dans une conférence de presse en 1978, à une question sur les raids aériens français sollicités par le gouvernement Mauritanien, contre les troupes du Polisario, le Président GISCARD D’ESTAING répondit qu’il n’avait pas à apprécier la politique interne des gouvernements : " La France connaît des Etats, elle agit vis-à-vis d’Etats, de gouvernements légitimes de ces Etats, comme elle le fait dans le reste du monde. Mais nous n’allons pas gardé des souvenirs du passé le droit d’établir je ne sais quelle classification, quelle cote de valeur, en ce qui concerne les dirigeants de l’Afrique ". Quel cynisme que de qualifier ces gouvernements de légitimes qui en fait, sont nommés et imposés à nos peuples par la Foccartie, grâce aux interventions militaires françaises et aux pseudo-élections démocratiques ( aux trucages institutionnalisés), sous le pilotage de la France-Afrique.

Les petites créatures de la Foccartie et dictateurs africains: BONGO, Idriss DEBY, Ibrahim MAÏNASSARA, Lansana CONTE, Ould TAYA…, ont donc été ‘démocratiquement’ élus respectivement Présidents du Gabon, du Tchad, du Niger, de la Guinée Conakry, de la Mauritanie.

Certains d’entre eux comme le Président BONGO, sont au pouvoir depuis plus de trente ans. C’est intolérable !

La France du siècle de Lumière, de la Révolution Française, des Droits de l’Homme, a aboli dans l’hexagone la monarchie ; cependant hélas elle en a récrée dans le pré-carré des royaumes dont les souverains sont faits et défaits au gré de leurs capacités à garantir les intérêts des compagnies industrielles françaises, c’est à dire brader les richesses nationales, mater toute velléité de révoltes des Masses Populaires, ériger les détournements des deniers publics, le népotisme, le clanisme, la torture, les traitements dégradants et humiliants,… en système de gouvernement.

Le résultat de cette politique de soutien de la France aux dictateurs, a conduit à une paupérisation croissante des populations voire même à leur déshumanisation.

Nos peuples meurent de maladies, de famine, de malnutrition, les salaires ne sont pas payés depuis plusieurs mois, voire des années, les écoles, les dispensaires, et les hôpitaux ne fonctionnent plus, les rares infrastructures sont en ruine faute d’entretien…, paradoxalement le bien-être des dirigeants et leurs fortunes connaissent une croissance exponentielle !

Basta ! ça suffit ! Les Masses Populaires ont aussi droit à une existence humaine digne. Elles ont donc le droit de se l’arracher.

Au Zaïre, pour sauver le sanguinaire MOBUTU, les gouvernements français ont organisé en 1978 une opération parachutiste sur Kolwezi contre l’insurrection du Shaba, et en 1991, 1500 militaires furent expédiés pour mater la mutinerie de la base aérienne de Kinshasa .

A propos de l’action des parachutistes français à Kolwezi, en 1978, le président de la République Française Valéry GISCARD D’ESTAING a dit lors d’une conférence de presse : " Lorsque nos éléments sont allés au Shaba, ils l’ont fait, bien entendu, à la demande et avec l’accord du gouvernement intéressé. "

Le 20 septembre 1979, l’armée française réussit un coup d’Etat contre l’empereur BOKASSA 1er : elle installa l’ancien Président David DACKO.

Cette opération appelée ‘opération barracuda’ permit d’humilier davantage les peuples Africains à travers ce grotesque personnage, BOKASSA 1er, ancien soldat de la coloniale et pure petite créature de la Foccartie .

En Septembre 1981 un autre coup d’Etat avec l’aide de l’armée française renversa DACKO qui fut remplacé par le Général KOLINGBA. La France en profita alors pour renforcer sa présence militaire en 1992 . En 1996 et 1997 les troupes françaises basées en permanence en RCA ont participé à l’écrasement de la mutinerie d’'une partie de l’armée et les soulèvements populaires.

Le sentiment anti-français atteignit son paroxysme au sein des Masses Populaires centrafricaines : la situation était intenable après l’assassinat de quelques ressortissants français par la population, la France était contrainte alors de fermer ses bases militaires en RCA et de les rédeployer au Tchad du Général Président Idriss DEBY,dictateur aux mains de fer qui garantit mieux les intérêts de l’impérialisme Français et ce même au prix des exterminations des populations entières (massacres de Moundou en Octobre 1997, ceux de la région pétrolifère de DOBA au Sud depuis 1990, et enfin les massacres des régions du Ouaddaï à l’Est et au Lac Tchad à l’Ouest sont devenus monnaie courante).

En 1986, au Togo, où le Dictateur EYADEMA fut remis en selle, les parachutistes français intervenaient pour écraser les militaires mutins et autres soulèvements populaires .

Faut-il encore rappeler l’intervention aux Comores en 1989 après l’assassinat du Président ABDALLAH, ou la présence permanente à Djibouti d’une force d’intervention atteignant environ 4.000 soldats pour assurer la pérennité du régime néo-colonial en place ?

Enfin le dernier crime de l’impérialisme français en Afrique et non le moindre est l’intervention de l’armée française au Rwanda. L’impérialisme français a prêté main forte pendant des années au Gouvernement criminel de HABYARIMANA, lui fournissant troupes et matériels, participant à l’entraînement militaire des escadrons de la mort (les miliciens génocidaires ‘interamwés’). Un accord particulier d’assistance militaire est signé le 18 Juillet 1975 à Kigali, sera renforcé le 25 Août 1992. Entre temps, un corps expéditionnaire Français intervient en 1990 contre le Front Patriotique Rwandais (FPR) qui était sur le point de renverser le Dictateur HABYARIMANA et n’a cessé par la suite de participer aux côtés des forces gouvernementales Rwandaises (FAR) à la guerre civile contre le FPR jusqu’en 1993, puis en 1994 où les parachutistes français, grâce à l’Opération Turquoise, avaient retardé la progression des forces du FPR .

L’Opération Turquoise avait permis en réalité de reconstituer un sanctuaire pour sauver et réorganiser les Ex - Forces Armées Rwandaises (FAR), coupables de crime contre l’humanité (génocide d’'environ 1 million de Rwandais ).

Non, la France n’est pas responsable du génocide Rwandais . Cette conclusion du rapport de la mission d’information parlementaire sur le Rwanda publiée en décembre 1998, et présidée par le Député Socialiste Paul QUILES, montre, si besoin, est du consensus actif entre les Partis politiques Français sur les accords de défense Franco-Africains. Nous resterons néanmoins sur notre faim malgré les preuves accablantes contenues dans ce rapport. En effet, les auteurs de ce crime contre l’humanité, protégés par certaines ‘vénérables’ institutions, vivent en toute liberté dans les pays démocratiques des Droits de l’homme et continuent de narguer les survivants. Quel sadisme !

Ce sombre tableau non exhaustif des expéditions impérialistes punitives françaises en Afrique (dans cette partie appelée pudiquement pré-carré français), doit heurter la conscience de tous les Démocrates, de tous les Peuples épris de paix, de liberté et de justice sociale .

Ces interventions militaires françaises, ne servent ni les intérêts des Masses Populaires de ces pays, ni ceux de la majorité du Peuple Français, mais exclusivement ceux des groupes financiers et industriels français, qui contrôlent les richesses minières et les marchés africains : Le financement de la guerre au Congo-Brazzaville par ELF pour introniser le Général SASSOU en est la dernière preuve. Les représentants de ces groupes financiers, en l’occurrence les dirigeants dictatoriaux africains bénéficient également de quelques prébendes pour leurs forfaitures .

La réforme de l’armée engagée en France et dont l’objectif est la mise sur pied d’une armée professionnelle capable de projeter 60.000 hommes à l’extérieur selon la propre expression du Président Chirac, augure pour nous Peuples Africains des lendemains encore plus terrifiants et meurtriers .

Il est évident qu’une telle armée de mercenaires coupée du peuple (et donc de l’influence des idées révolutionnaires dans le peuple), serait dressée et financée par les groupes industriels pour défendre uniquement leurs intérêts (exploitation des richesses minières en Afrique ) : ainsi l’l'ordre colonial sera toujours rétabli et maintenu .

Dans cette subtilité de pérennisation de la domination néo-coloniale, certaines clauses des accords de défense permettent aux armées françaises et africaines dés'organiser périodiquement des manœuvres conjointes communes (en 1995 le Sénégal a accueilli pour la septième fois ces exercices franco-sénégalais appelé Ndiambour, les derniers Guidimaka 98 viennent d’'avoir lieu). Les mêmes exercices ont eu lieu au Gabon, au Togo, et à Djibouti .

Ces manœuvres ont pour objectif, selon leurs promoteurs, de préparer les armées africaines au maintien de la paix en Afrique. Cependant hélas, les interventions de ces armées dans les opérations de maintien de la paix en Afrique, (opération Turquoise, les guerres menées par l’armée sénégalaise en Casamance et en Guinée Bissao, l’intervention des troupes Tchadiennes aux côtés du Général SASSOU au Congo-Brazzaville ...), nous pousse au scepticisme.

En effet, la défense des intérêts des groupes industriels au détriment de ceux des Peuples Africains , est assurée par ces mêmes armées africaines qui participent à ces exercices militaires. La paix pour l’'exploitation et le pillage des ressources naturelles par les multinationales est bien maintenue . Par contre celle de nos populations est inexistante: elles meurent sous les balles, des maladies, des tortures ...

C’est cet état de fait qui a été dénoncé par les associations françaises AGIR-ICI et SURVIE dans leur campagne intitulée ‘insécurité à la base, sécurité au sommet’, et lors du contre-sommet de Novembre 1998 à Paris.

Nous constatons que sur le dossier militaire, une sorte de complicité et d’accord tacite s’est établit entre les différentes forces politiques Françaises.

Alors comment expliquer ce modus vivendi sur les accords néo-coloniaux de défense entre la France et les Etats Africains? Pourquoi ce silence sur les interventions militaires françaises aux côtés des dictateurs africains pour massacrer nos paisibles paysans ?

Seuls les Verts de la majorité plurielle ont exprimé ces derniers temps leur opposition à cette politique militaire néo-coloniale.

L’impérialisme Français s’impose par la force et ne compte pas quitter son pré-carré comme le témoigne les interventions militaires françaises au Tchad, en 1978, en 1983, en 1984 face aux forces Libyennes, et ce en l’absence des accords de défense.

Au demeurant rappelons que les accords de défense conclu avec la Côte-d’Ivoire, le Gabon, le Sénégal, le Cameroun et Djibouti, autorisent la France d’intervenir en cas d’agression extérieure pour protéger l’intégrité territoriale de ces Etats.

III- Perspectives d’une nouvelle cooperation franco-africaine

En conclusion, nous pensons que l’unique élément, qui influencera véritablement la coopération Franco-Africaine, dans un sens positif d'une nouvelle politique africaine de la France, est la révision des accords de défense qui doit inclure les points suivants :

Retrait immédiat et sans conditions des troupes militaires françaises de toutes leurs bases d’Afrique.

Ces fermetures des bases doivent être accompagnées de l’arrêt des ventes d’armes et de toute intervention militaire en faveur des régimes dictatoriaux du pré-carré français.

Annulation totale des dettes liées à l’achat des armes et ainsi que celles utilisées pour la formation des forces de répression. Cela nous semble logique, en effet demander aux Masses Populaires rescapées des massacres de payer les armes qui ont servi à les anéantir, c’est faire preuve d’un sadisme.

Nos pays ont plutôt besoin d’une coopération saine dans les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de l’éducation, de la santé, et des grands travaux d’infrastructures, au lieu des investissements dans ses armées supplétives des forces étrangères d’occupation.

Au vu du nombre grandissant des interventions militaires françaises en Afrique, l’ordre intérieur ou la sécurité intérieure seraient instauré depuis les indépendances. Cependant, hélas, ce qui ne fut pas le cas. Son inefficacité et son anachronisme notoires sous tous les cieux et dans d’autres circonstances sont triviaux .

Ces interventions, au contraire, créent des rancoeurs, exacerbent les conflits et frustrent les Masses Populaires qui voient ses légitimes aspirations et sa victoire qui lui sont confisquées.

Nous ne nous résignerons jamais et continuerons le combat jusqu’à la victoire finale.

Le Général DE GAULLE, en 1966, avait exigé le retrait des troupes américaines de la France. En effet, toute base militaire étrangère dans un pays aliène sa souveraineté. Le constat de ce grand homme politique devrait inspirer ses successeurs et les dirigeants africains qui se réclament de Gaullistes.

Dans son récent ouvrage intitulé ‘Les Blancs s’en vont’ paru aux éditions Albin Michel en 1998, l’ancien Premier Ministre Gaulliste, Pierre MESSMER, suggérait le retrait des troupes françaises d’Afrique, et désapprouve le nombre d’interventions militaires sous la Présidence de MITTERRAND, qui est supérieur à la somme des interventions de toutes les Présidences de droites réunies. Quelle macabre performance ! Cela déshonore la Gauche qui par principe de déontologie est pour la libération des peuples opprimés et contre leur exploitation.

Nous osons encore espérer que la Gauche plurielle qui a suscité tant d’espoir chez les Peuples Africains va se resaisir et rectifier cette politique néo-coloniale contraire à nos légitimes aspirations.

A défaut d’être compris et de non assistance à peuple en danger de mort, les Masses Populaires doivent se défendre contre nos sanguinaires dictateurs par tous les moyens appropriés : en effet, il y va de leur survie.

L’Observatoire Permanent de la Coopération Française (OPCF ) écrivait dans son rapport de 1997 à propos de la coopération militaire, la prophétie suivante : " Le réveil sera rude, au matin où se lèvera la démocratie dans l’ensemble des pays africains. La France finira aux orties avec les dépouilles des satrapes qu’elle a soutenus ".

Il faut de la volonté politique. L’heure n’est plus aux expéditions militaires, punitives et impérialistes, le Peuple Africain comme celui de la France aspire à la démocratie et au bien être social . Il refuse qu’on lui impose la pensée unique et ses dirigeants.

Pour la Fédération d’Europe Section France de l’ACTUS

Le Secrétaire Général

LEY-NGARDIGAL Djimadoum

Amiens, le 5 janvier 1999

Contribution au 8ème Séminaire communiste international, Bruxelles, 2-4 mai 1999

Thème: L’impérialisme, c’est la guerre

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