La classe ouvrière aujourd’hui en Inde

Parti Communiste de l’Inde (Marxiste-Léniniste) - Janashakti

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L'Inde est un pays semi-féodal et semi-colonial, ce qui veut dire que son économie n'est pas une économie capitaliste. Un développement très irrégulier a retardé l'apparition d'une économie nationale dotée d'une répartition du travail à l'échelle nationale. Entre 70 et 75% de la population est employée dans une agriculture à dominance semi-féodale. Ce que l'on appelle le secteur organisé de la classe ouvrière indienne ne représente que 8% de la population totale des travailleurs. L'agriculture, l'industrie "domestique", le commerce, etc., représentent 90% du secteur non organisé, au sein duquel l'agriculture à elle seule se taille la part du lion avec 75%. Des 8% dévolus au secteur organisé, le secteur industriel, y compris les manufactures, les mines, l'électricité et le gaz, ne compte que pour 39%. En outre, 90% des firmes manufacturières emploient moins de vingt personnes et 60% de ces firmes sont situées dans des zones rurales.

D'après le recensement de 1991, le nombre des travailleurs est de 300 millions, parmi lesquels 27 millions seulement appartiennent au secteur organisé. Par conséquent, la classe ouvrière organisée ne représente qu'une très faible minorité. Cette section n'est donc non seulement pas à même de déclencher la lutte au sein du système du travail salarié, mais elle estime également qu'il est très difficile de garder ne seraient-ce que les acquis économiques déjà obtenus au travers de ses luttes antérieures.

L'impérialisme soutient les actuelles conditions semi-coloniales et semi-féodales de la société indienne et, de ce fait, la transformation de la présente structure sociale est une condition nécessaire si l'on veut se libérer totalement de l'impérialisme. Au cours de l'ère du capitalisme classique, la bourgeoisie a mis fin au féodalisme et s'est ensuite employée à écraser le prolétariat embryonnaire. En France, l'aristocratie fut éliminée et en Angleterre, elle fut absorbée par la bourgeoisie. Mais la bourgeoisie indienne, qui est entrée en scène trop tardivement, se rangea aux côtés du féodalisme et de l'impérialisme. Déjà en 1925, Staline déclarait: "Les nouvelles caractéristiques fondamentales des conditions de vie dans les colonies comme l'Inde sont que non seulement la bourgeoisie nationale (c'est-à-dire la bourgeoisie dans son ensemble) s'est divisée en un parti révolutionnaire et un parti favorable aux accommodements, mais avant tout que la section de cette bourgeoisie favorable aux accommodements s'est déjà arrangée, en général, pour sceller un pacte avec l'impérialisme. Craignant la révolution plus qu'elle ne craint l'impérialisme, et davantage concernée dans le remplissage de ses escarcelles que dans les intérêts de son propre pays, cette section de la bourgeoisie, qui est en même temps la plus riche et la plus influente, passe entièrement dans le camp des ennemis irréconciliables de la révolution, et elle fait bloc avec l'impérialisme contre les travailleurs et les paysans de son propre pays."

Ceci ne veut pas dire qu'un secteur capitaliste, même faible, n'existe pas du tout. Ainsi l'Inde, et sur ce plan, n'importe quel pays du tiers monde, ne peut de façon satisfaisante s'inscrire parfaitement dans le cadre d'une étude traitant de sujets tels que les modifications dans la composition de la classe ouvrière, les changements entre les secteurs primaire, secondaire et tertiaire, les changements dans la qualification des travailleurs, l'âge et le sexe des travailleurs, etc. Ceci ne signifie pas que les changements qui ont eu lieu dans les pays capitalistes avancés ne se reflètent pas ou n'affectent pas le secteur capitaliste faible et limité de l'Inde et, naturellement, les conséquences que cela entraîne pour les conditions de vie de la classe ouvrière.

Nous avons vu que l'économie indienne présente deux sections importantes: le secteur organisé et le secteur non organisé; environ 90% de la force totale de travail appartient au secteur non organisé et un peu moins de 10% au secteur organisé. De son côté, le secteur public emploie environ 65% des effectifs totaux du secteur organisé. Jusqu'en 1980, le taux annuel d'augmentation du nombre d'emplois dans le secteur public avait été de 3,5%, alors qu'il s'était limité à un modeste 0,4% dans le secteur privé.

 

Le rôle du secteur public en Inde

Les industries du secteur public constituent une part importante du tissu industriel de l'Inde. Une part importante des capitaux investis dans ce secteur représente des capitaux d'Etat. On assiste à une fusion entre le capital financier étranger, les monopoles indiens et le capital bureaucratique. Donc, en fin de compte, les prétendues industries du secteur public sont au service des impérialistes et de leurs compradors dans le but de piller les immenses ressources de l'Inde et de renforcer leur mainmise sur l'économie de notre pays.

Le fait même que ce sont les grands bourgeois indiens, comme Birlas et Tatas, qui ont assigné un grand rôle au secteur public montre clairement qu'à un moment donné ils ont voulu que le secteur public construise des infrastructures telles que les chemins de fer, les communications, etc., qui exigeaient des investissements massifs, afin de favoriser la croissance du secteur privé et d'accroître les profits. En fait, après la crise économique mondiale de 1929-1930 et les conséquences de la Seconde Guerre mondiale, le capitalisme mondial a ressenti le besoin d'une intervention de la part de l'Etat et l'idée qui s'en est suivie a été de développer le secteur public.

La nationalisation capitaliste est différente de la nationalisation dans un Etat socialiste. Le pays semi-colonial et semi-féodal qu'est l'Inde ne constitue pas une exception. La nationalisation capitaliste revient à nationaliser les dépenses et à stabiliser, puis à faire prendre de l'expansion aux entreprises capitalistes.

Après avoir mis en chantier des infrastructures comme les transports, les communications, l'énergie, ainsi que certaines industries clés comme l'acier, le charbon, les machines-outils, etc. grâce aux ressources extorquées au peuple, la bourgeoisie indienne n'est plus intéressée dans la façade industrielle du secteur public. Dans un même temps, cela ne la dérange toutefois pas que les institutions financières versent dans ses coffres les sommes importantes puisées à différentes sources. Aujourd'hui, les grands bourgeois compradors, la classe des grands propriétaires terriens, du fait qu'ils sont subordonnés à l'impérialisme, livrent également ce secteur aux impérialistes et à leurs compradors en Inde, ce qui a pour conséquence de permettre sans la moindre obstacle l'entrée en Inde de banques étrangères qui ne tardent pas à prendre de l'expansion. La privatisation signifie donc essentiellement la livraison des propriétés du secteur public au capital privé.

En Inde, des sections très importantes de la bourgeoisie monopoliste d'aujourd'hui dirigeaient jadis les agents des firmes de marchandises étrangères, et ce, jusqu'au moment de la passation du pouvoir en 1947, de même qu'au cours des premiers temps qui ont suivi l'indépendance. Les capitalistes indiens étaient pour la plupart les rejetons des communautés traditionnelles des marchands et des prêteurs sur gages et non les produits de la libre concurrence. D'autre part, les monopoles étrangers étaient avant tout intéressés par des exportations de capitaux et non de marchandises. Pour la bourgeoisie indienne, c'était une façon de mobiliser les ressources. Simultanément, s'ils voulaient mobiliser des capitaux en vue de se risquer dans des entreprises au niveau national, ils devaient recourir à une mobilisation sociale à l'échelle nationale et par conséquent, l'Etat devait inévitablement jouer son rôle dans l'affaire. La plupart des compagnies enregistrées contrôlent effectivement l'organisation avec moins de 5% des parts. Les institutions financières bureaucratiques investissent de leur côté dans l'achat de parts pour un montant plus ou moins similaire, et elles détiennent entre 25 et 60% du capital. Donc, avec moins de 5% et dans certains cas avec un seul petit pour-cent, cette bourgeoisie monopoliste réclame des droits héréditaires de propriété.

En Inde, on assiste non seulement à une fusion du capital financier (bancaire) et du capital productif, mais également à une fusion du capital privé et du capital monopoliste bureaucratique. Les industries indiennes ne sont pas nées de la lutte soit contre l'ancien mode de production soit contre l'exploitation étrangère ni de luttes qu'elles se seraient livrées l'une à l'autre dans une atmosphère de libre concurrence. Voilà bien la faiblesse qui sclérose le capitalisme indien.

 

Le capitalisme indien: un développement monopoliste sous les auspices de l’impérialisme et de l’Etat

Dans le contexte de cette faiblesse inhérente, le développement du capitalisme en Inde était condamné à connaître des fluctuations en tous sens. Une caractéristique majeure de cette distorsion réside dans le fait qu'au contraire des pays occidentaux, le capitalisme indien possédait un caractère monopoliste quasiment dès ses premiers balbutiements — un développement monopoliste à partir du sommet, c'est-à-dire directement sous les auspices de l'impérialisme et de l'Etat.

Le rôle le plus important du capital financier bureaucratique en Inde est de concentrer et de centraliser le capital. En mobilisant les économies en provenance du public, il centralise le capital et empêche les retraits et l'érosion du capital — habituellement dans des unités dénuées de possibilités de profit. Il facilite également la mobilisation du capital. En transvasant des surplus du secteur non monopoliste vers le secteur monopoliste, il favorise le développement du capital monopoliste en Inde. Vu l'état de sous-développement du capitalisme indien, son manque de dynamisme interne et de ressources lui permettant de se développer, ce même capital doit être activé artificiellement par l'Etat via le capital financier bureaucratique. Le rôle le plus significatif joué par le capital financier bureaucratique est de financer et de promouvoir le développement industriel du secteur privé. Une autre fonction importante du capital financier est de fournir des crédits à l'exportation. Les emprunts contractés auprès du capital financier impérialiste constituent une part absolument considérable dans le capital financier bureaucratique en Inde. Le capital financier bureaucratique fonctionne comme un conduit pour le capital financier impérialiste qui contrôle l'économie indienne. En créant un marché pour les monopolistes étrangers et en mettant leur technologie et leurs biens capitaux à la disposition des monopolistes indiens, il habilite les ressources en devises étrangères à financer les exigences en devises étrangères de ces derniers en vue de couvrir les importations. Dans ce processus, il agit également comme un agent du capital financier impérialiste. Par conséquent il transforme non seulement les monopolistes individuels, mais également l'ensemble du capital monopoliste bureaucratique de l'Inde en comprador du capital financier impérialiste. Le fait d'accepter et d'appliquer les exigences et conditions du FMI en est la meilleure preuve.

A la fin de 1970, la stagnation de l'économie indienne atteignit son point culminant et le développement industriel à tous les niveaux atteignit également un niveau de stagnation. Le marché domestique était épuisé pour des années. L'exploitation monopoliste et la paupérisation des masses n'offraient aucune perspective de développement industriel. En 1979 et 1980, l'économie encaissa un sérieux recul. C'est dans une telle situation que la bourgeoisie monopoliste indienne, qui avait gardé un œil sur le marché des exportations, décida de donner une nouvelle impulsion à l'économie et d'opérer un glissement stratégique important en vue d'une modernisation qui permettrait le développement d'une économie centrée sur les exportations. C'est dans ce contexte que le gouvernement contacta le FMI pour un emprunt de 5 milliards de dollars qui lui fut accordé, moyennant tout un ensemble de conditions. En fonction de ces conditions et de la stratégie susmentionnée, on proclama en 1982 une résolution en faveur d'une nouvelle politique industrielle.

Cette stratégie sied aux intérêts des impérialistes qui veulent relocaliser certaines de leurs industries à haut taux de main-d’œuvre vers certains des pays du tiers monde. En outre, ils veulent transférer l'une ou l'autre technologie intermédiaire à des pays du tiers monde "relativement développés" par le biais de joint ventures. Afin de créer un marché pour leurs biens capitaux en haute technologie, ils veulent les exporter dans certains pays comme l'Inde qui peut les absorber et importer des biens manufacturés en provenance de chez eux et exigeant une main-d’œuvre nombreuse, et ce, de façon à équilibrer les termes des échanges commerciaux et d'acheter ces marchandises à bon marché. Ils sont donc en train d'opérer un changement structurel dans leurs relations avec les pays du tiers monde et ils tentent d'intégrer plus encore leurs économies à l'économie impérialiste via une augmentation des échanges commerciaux comme cela s'était fait dans le cas de certains "pays d'industrialisation récente" comme la Corée du Sud, Taiwan, Hong-Kong et Singapour.