La lutte syndicale dans une situation semi-coloniale et semi-féodale
Parti Communiste des Philippines
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Aux Philippines, l'impérialisme dicte des politiques économiques et sociales qui maintiennent le caractère agricole et arriéré de l'économie. Il n'y a pas de processus d'industrialisation. L'orientation de l'économie vers l'exportation et la dépendance vis-à-vis des importations provoquent une désindustrialisation plutôt qu'un développement indépendant. Pour le peuple, il n'y a pas d'autre alternative que de mener une révolution nationale et démocratique dans une perspective socialiste, sous la direction de la classe ouvrière. La lutte syndicale des masses ouvrières fait partie intégrante du combat du peuple pour la démocratie nationale.
La politique de libéralisation du gouvernement n'a engendré que restrictions et baisse des salaires. Sa politique de flexibilité du travail a eu pour conséquence une baisse du taux de syndicalisation et une augmentation du nombre de travailleurs qu'il est difficile d'organiser dans les syndicats. Son programme de privatisation et de rationalisation a débouché sur des licenciements, la création de zones économiques spéciales, une politique antisyndicale et la criminalisation des mouvements de grève.
La dictature de Marcos et des Etats-Unis a fait régner une véritable terreur fasciste: arrestations massives de dirigeants populaires, de révolutionnaires, de journalistes démocrates et même de membres de la classe dirigeante qui s'opposaient à Marcos. Le Congrès, la Cour Suprême et les media étaient muselés. Les grèves étaient interdites et des fédérations syndicales progressistes comme Kasama et Pakmap ont été déclarées illégales Des dirigeants et des militants syndicaux ont été emprisonnés ou poursuivis par la police
Dans ces conditions, le combat syndical a temporairement été freiné. Mais, par des luttes ouvertes et la revendication de leurs droits démocratiques les travailleurs et leurs syndicats ont pu vaincre cette terreur fasciste
Quelques mois seulement après l'imposition de la loi martiale en 1972, les travailleurs ont déclenché la résistance. La répression et les difficultés économiques ont provoqué la mobilisation de la classe ouvrière. Ces luttes étaient d'abord spontanées, dispersées et peu nombreuses. Mais par la suite, elles se sont étendues et se sont renforcées. Les mouvements ont gagné en combativité et ont été mieux coordonnés.
Au début de 1973, les ouvriers de l'usine textile Laguna de Canlubay et ceux de la General Textile Mills à Libis déclenchèrent une grève sauvage. A peu près au même moment, 900 ouvriers de la Pampanga Sugar Mills ont débrayé pour protester contre le retard de payement des salaires. Des groupes clandestins de militants ont mené des débats dans les usines et distribué des tracts révolutionnaires et antifascistes. Ils ont ainsi consolidé et élargi leurs rangs
En avril 1974, les ouvriers de la Lirag Textile Mills a Malabon ont établi des piquets de grève pour obtenir une hausse des salaires et des indemnités sociales. Ceux de Gelmart, une grande usine de confection, ont marché sur Bicutan pour obtenir la reconnaissance légale des syndicats.
Le 24 octobre 1975 des centaines d'ouvriers syndiqués à La Tondena ont ouvertement défié l'interdiction de grève en déclenchant leur mouvement historique. La nuit du premier jour de grève, des soldats et des policiers ont attaqué les piquets de grève et jeté en prison des dizaines d'ouvriers sous prétexte de violation du couvre-feu. Des ouvriers d'autres syndicats et associations de la région ont apporté leur soutien aux syndicalistes de La Tondena et mené campagne contre le recrutement de ëjaunes'. Des prêtres progressistes se sont joints aux ouvriers, aux organisations communautaires et aux étudiants pour protester contre l'incarcération des grévistes. Une fois libérés, les ouvriers sont retournés aux piquets. Des journaux clandestins propageaient des nouvelles sur le mouvement. Des prêtres ont utilisé des périodiques de diverses organisations religieuses pour saluer le courage et l'obstination des travailleurs de La Tondena. La censure fasciste n'a rien pu faire contre le soutien apporté à cette lutte, même au niveau international.
Peu après, l'association des dockers du port de Navotas a déclenché une série de manifestations de masse au port et dans les bureaux du gouvernement.
De 1975 à 1976, bravant l'interdiction, plus de 73.000 travailleurs ont lancé au moins 200 grèves touchant des usines, des plantations et des mines. A la fin des années 1970, la dictature de Marcos a dû reconnaître son échec et a été forcée de rétablir la légitimité des grèves. Elle a néanmoins continué à imposer diverses restrictions aux droits démocratiques des travailleurs.
Le 1 mai 1981, six fédérations et 100 syndicats locaux ont participé à la fondation du KMU (Kilusang Mayo Uno). Des centaines de travailleurs et de dirigeants des syndicats et des mouvements de masse engagés dans les luttes ont formé la colonne vertébrale du KMU.
Le combat syndical pour l'augmentation des salaires, le rétablissement complet du droit de grève et contre les exclusions a été mené par le KMU. Le mouvement ouvrier a combattu énergiquement la politique de la dictature de Marcos et des Etats-Unis qui cherchait à maintenir une force de travail docile et bon marché. Les luttes syndicales locales et sectorielles se sont jointes aux campagnes de masse pour s'opposer à l'augmentation du prix des produits pétroliers, la promulgation de nouvelles lois réactionnaires, le maintien sous une forme déguisée de la loi martiale et le trucage des élections présidentielles.
Le lien étroit entre le combat syndical et les luttes nationales du peuple tout entier a accru le niveau d'engagement et de militantisme des travailleurs et a élevé leur conscience politique. De plus en plus de travailleurs ont compris la nécessité d'unir toute la classe ouvrière et le peuple contre la dictature fasciste.
Quand les luttes aux piquets s'intensifièrent, les travailleurs ont recherché le soutien d'une large fraction des forces démocratiques. La mobilisation pour des actions antifascistes s'est amplifiée.
En 1980, on dénombrait pour tout le pays 62 mouvements de grèves qui avaient mobilisé 20.902 travailleurs. En 1981, 98.585 personnes prirent part à 260 actions.
Dans le Luzon Central, les syndicats et des milliers des travailleurs de la zone de Bataan déclenchèrent une grève régionale de protestation contre la répression policière de la grève à l'Inter-Asia Corporation. Ce mouvement renforça la solidarité entre ouvriers et la coordination des luttes dans les entreprises. Les travailleurs de la zone de Bataan formèrent leur section locale du KMU (AMBA-BALA) qui est à l'origine de plusieurs grèves coordonnées. En 1984 des mouvements similaires étaient lancés au Mindanao et dans la ville de Novaliches et dans l'entreprise Food Terminal Incorporated dans le district national de Manille.
Les femmes représentent une fraction importante des travailleurs de l'économie philippine dominée par l'impérialisme. On les trouve principalement dans le secteur des services, le plus grand pourvoyeur d'emplois actuellement. Dans l'industrie, on les rencontre surtout dans les entreprises les plus bénéficiaires - confection, électronique, alimentation -, largement orientées vers l'exportation.
La sous-traitance et d'autres formes de flexibilité du travail sont des pratiques largement répandues dans ces entreprises. Les travailleurs y perçoivent de maigres salaires en échange de longues heures de travail pénible. L'engagement temporaire et occasionnel y est très fréquent. Cela rend difficile l'organisation des ouvriers dans les syndicats.
Les femmes ont une longue tradition de mobilisation et de luttes pour leurs droits et intérêts. Les ouvrières des fabriques de cigares sous le régime colonial espagnol (1527-1898) furent les premières à s'organiser syndicalement. Durant les dix premières années de la domination coloniale américaine (1898-1946), ces délégations syndicales ont été capables de déclencher des grèves intersectorielles pour l'augmentation des salaires des ouvriers de l'industrie.
SM Shoemart est une des plus grandes chaînes de magasin du pays. Sous la dictature de Marcos, les ouvrières ont mené à bien deux grandes grèves. Mais progressivement, la direction de SM Shoemart a établi le système de sous-traitance de la distribution en gros. Aujourd'hui, sur 20.000 employés, 1.731 seulement sont engagés dans le cadre de contrats réguliers et donc protégés par les conventions collectives. Le mouvement syndical n'a pas pu contrer ce processus. Mais, malgré sa perte d'influence, la délégation syndicale a poursuivi les luttes, notamment pour l'augmentation du salaire minimum garanti.
Sous le régime de Ramos (1992-1998), le renforcement du KMU et de ses sympathisants dans les fédérations syndicales a permis de mobiliser davantage les femmes dans les luttes syndicales. Des initiatives importantes ont donné une nouvelle impulsion au travail d'éducation, d'organisation et de mobilisation des femmes. Il s'agit de la fondation du KMK (Kilusang Manggagawang Kababaihan), une fédération de délégations syndicales d'entreprises où travaillent essentiellement des femmes, et la création de comités de femmes aux différents niveaux du KMU (délégation, fédération, niveau régional et national). Le KMK fait partie du mouvement féministe Gabriela. Il encourage l'organisation des travailleuses dans les organisations syndicales et mène des actions pour renforcer le rôle dirigeant des femmes aux différents niveaux de l'organisation. Il recherche aussi des alliances avec les ouvrières d'organisations en dehors du KMU mais ouvertes à un véritable syndicalisme de combat. Le KMK fut aussi l'initiateur de la création du KMU.
Au sein du KMU, le travail d'organisation est mené aux différents niveaux dans les fédérations, notamment celles de NAFLU et IBM. A IBM, le KMU s'est concentré sur l'organisation des femmes des travailleurs. Par des débats, des visites à domicile et des réunions communautaires, elles sont amenées à mieux comprendre et soutenir les actions militantes du syndicat et à affiner leur perception des enjeux politiques. En même temps, le KMU leur offre un forum où elles peuvent mettre en avant leurs intérêts propres et personnels dans une perspective de soutien et d'aide mutuels.
Les instruments d'éducation et d'organisation des femmes sont aujourd'hui en place. Avec le développement du mouvement syndical, on peut envisager une participation plus large et plus dynamique des ouvrières et des femmes de travailleurs à la défense des intérêts de la classe ouvrière et à la lutte nationale et démocratique. En contrepartie, le développement du mouvement des femmes contribuera à renforcer et consolider le mouvement ouvrier.
Les actions militantes et soutenues des travailleurs ont été réalisées sous la direction du Parti Communiste des Philippines. Le parti a élevé la conscience des travailleurs.Il a fait évoluer la lutte purement économique vers une lutte armée comme seule voie révolutionnaire pour détruire le système d'exploitation et apporter une solution aux problèmes fondamentaux de la classe ouvrière et du peuple. Sans cela, la lutte ouvrière aurait débouché sur l'économisme et le réformisme.
Le parti a clarifié les points suivants: la lutte des ouvriers est une lutte de classe et la conquête du pouvoir ne pourra se faire que par la lutte armée et en unité avec la paysannerie et les autres classes opprimées. Des alliances tactiques et stratégiques sont donc nécessaires.
Le travail parmi les masses est mené de façon assidue. Le renforcement et l'édification du parti sont devenus des tâches primordiales. Des sections du parti sont établies dans les structures du syndicat. Le travail idéologique, politique et organisationnel est entrepris par les sections du parti à travers la structure syndicale. Le recrutement pour les organisations de masse et pour le parti est pris en charge. L'objectif est de donner au syndicat un caractère révolutionnaire.
Les militants des organisations de masse étudient des textes comme Philippine Society and Revolution et The Five Golden Rays, en plus de formations spécifiques sur le syndicalisme. Ces textes soulignent particulièrement le fait que la lutte syndicale est une partie du mouvement de masse ouvert et une forme secondaire de combat tandis que la lutte armée reste la forme principale. Bien que forme secondaire, la lutte syndicale légale est extrêmement importante et un complément précieux de la lutte armée dans les campagnes. Sur cette base, le parti est conscient de l'importance de la tâche de formation de cadres pour le travail dans les campagnes. Dans cette perspective, le syndicat est une des sources de recrutements de militants communistes et de cadres du parti.
Erreurs et rectifications
En 1980, le parti passa d'une stratégie de guerre populaire prolongée à une stratégie insurrectionnelle. A la place d'un solide travail d'organisation, une majorité de cadres se perdait dans une activité de propagande de grande ampleur. On déclenchait fréquemment de vastes mobilisations; des grandes manifestations et des grèves nationales étaient lancées. Pratiquement toutes les forces révolutionnaires étaient pressées d'aboutir à une victoire rapide de la révolution nationale et démocratique par de grandes grèves et manifestations dans les centres urbains.
Les luttes ouvrières s'intensifièrent dans la dernière décennie de la dictature de Marcos. Les grèves se multipliaient, sous diverses formes. Par ailleurs, la consolidation idéologique, le recrutement pour le parti et le travail dans les campagnes étaient considérés comme des choses acquises. Le développement et le renforcement du parti furent de fait négligés. Les luttes économiques des travailleurs n'étaient plus liées à la lutte armée dans les campagnes. A partir de la seconde moitié des années 1980, la mobilisation ouvrière commença à décliner. De plus, beaucoup des camarades dans les organisations ouvrières s'étaient déjà détachés du travail de base parmi les masses. Les projets socio-économiques devenaient la préoccupation principale de plusieurs de ces camarades au détriment du travail politique et organisationnel.
Tous ces éléments se combinèrent à la fin des années 1980 pour infecter le parti. L'insurrectionnisme et l'économisme s'ajoutèrent aux déviations dans le parti. C'est pourquoi le Second Grand Mouvement de Rectification fut déclenché en 1992.
Cette rectification a effectivement combattu le réformisme, l'économisme et l'insurrectionnisme. La qualité de la formation idéologique et politique s'est actuellement améliorée. Les cellules et sections du parti sont à nouveau solidement organisées. Des alliances sont établies sur base d'une ligne révolutionnaire. L'unité des organisations légales et clandestines a été renforcée. Des cadres sont systématiquement envoyés dans les campagnes pour rejoindre la Nouvelle Armée du Peuple (New Peoples Army).
Aujourd'hui, grâce aux leçons et succès du Second Grand Mouvement de Rectification, la classe ouvrière et le mouvement syndical, sous la direction du Parti Communiste des Philippines, sont plus que jamais déterminés et préparés à affronter les impérialistes et leurs laquais. Nous avons acquis la conviction que la plus grande contribution que nous puissions faire au mouvement communiste international et à la lutte contre l'impérialisme est de mener à bien notre propre révolution nationale et démocratique.
Dénonçons et luttons contre la globalisation impérialiste!
Travailleurs de tous les pays, unissons-nous contre l'impérialisme!
Vive le socialisme!
Mai 1998